Gonflette intellectuelle

cervelleLa musculation est une activité ridicule comme chacun sait. Non que son principe soit plus idiot que n’importe quel sport, mais parce qu’elle consiste à acquérir - à imposer – quelque chose dont le corps n’a pas besoin. En temps normal, chacun est musclé à l’exacte mesure de ce que son corps et son activité quotidienne requiert. Le déménageur a de gros bras pour et parce qu’il porte des cartons toute la journée, le tennisman a un avant-bras particulièrement musclé pour et parce qu’il frappe dans la balle, et le glandeur a exactement autant de muscles qu’il faut pour appuyer sur une manette de jeux vidéo.

Considérons maintenant la gonflette de l’esprit. Tous ces littéreux entre 25 et
35 ans, ont toujours une critique avisée et bien sentie du dernier film sorti au cinéma, parlent avec le plus grand sérieux d’une BD manga qui est un chef-d’oeuvre, font des classements des groupes musicaux majeurs, se demandent si ce livre ne serait pas un pur roman de pop-art… Il y a là une manie risible de nourrir son esprit au-delà de ses moyens, au-delà de ce que son quotidien nécessite. Moyennant quoi une effroyable quantité de biens et services culturels est consommée par la plupart d’entre nous absolument en vain.

On pourrait considérer ces littéreux avec le même mépris qu’on regarde
Jean-Marc aller à la salle de muscu. Il se pourrait que ce qui est sain, c’est de garder l’usage de la culture pour les grands jours, comme un bon Champagne. Schopenhauer va même jusqu’à dire que c’est une condition du bonheur de ne pas philosopher trop haut ; ne pas développer son intellect au-delà du pur service de son intérêt individuel.

2 Commentaires

Classé dans Art et culture

2 réponses à Gonflette intellectuelle

  1. Ay

    Salut,

    J’ai juste un peu de mal à voir la différence entre “le musculeux est musclé pour et parce qu’il pousse de la fonte” et “le tennisman [...]“.

    Pour le déménageur, ok, c’est une “nécessité”.

    ^^

  2. “Il y a là une manie risible de nourrir son esprit au-delà de ses moyens, au-delà de ce que son quotidien nécessite.”

    Que c’est vrai! Je n’ai rien contre la connaissance lorsqu’elle est le fondement d’une recherche authentique de la vérité. Mais lorsque la connaissance devient une fin en soi et qu’elle tourne à l’idolâtrie, elle rend rapidement son récepteur pathétique, comme dans tous les cas où l’on disproportionne ce qui est beau pour en faire quelque chose de grotesque.

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