Gonflette intellectuelle

cervelle

La musculation est une activité ridicule comme chacun sait. Non que son principe soit plus idiot que n’importe quel sport, mais parce qu’elle consiste à acquérir – à imposer – quelque chose dont le corps n’a pas besoin. En temps normal, chacun est musclé à l’exacte mesure de ce que son corps et son activité quotidienne requiert. Le déménageur a de gros bras pour et parce qu’il porte des cartons toute la journée, le tennisman a un avant-bras particulièrement musclé pour et parce qu’il frappe dans la balle, et le glandeur a exactement autant de muscles qu’il faut pour appuyer sur une manette de jeux vidéo.

Considérons maintenant la gonflette de l’esprit. Tous ces littéreux qui ont toujours une critique avisée et bien sentie du dernier film sorti au cinéma, parlent avec le plus grand sérieux d’une BD manga qui est un chef-d’oeuvre, font des classements des groupes musicaux majeurs, se demandent si ce livre ne serait pas un roman cubiste… Il y a là une manie risible de nourrir son esprit au-delà de ses moyens, au-delà de ce que son quotidien nécessite. Moyennant quoi une effroyable quantité de biens et services culturels est consommée par la plupart d’entre nous absolument en vain.

On pourrait considérer ces littéreux avec le même mépris qu’on regarde Jean-Marc aller à la salle de muscu. Il se pourrait que ce qui est sain, c’est de garder l’usage de la culture pour les grands jours, comme un bon Champagne. Schopenhauer va même jusqu’à dire que c’est une condition du bonheur de ne pas philosopher trop haut ; ne pas développer son intellect au-delà du pur service de son intérêt individuel.

7 réflexions au sujet de « Gonflette intellectuelle »

  1. Salut,

    J’ai juste un peu de mal à voir la différence entre « le musculeux est musclé pour et parce qu’il pousse de la fonte » et « le tennisman […] ».

    Pour le déménageur, ok, c’est une « nécessité ».

    ^^

  2. « Il y a là une manie risible de nourrir son esprit au-delà de ses moyens, au-delà de ce que son quotidien nécessite. »

    Que c’est vrai! Je n’ai rien contre la connaissance lorsqu’elle est le fondement d’une recherche authentique de la vérité. Mais lorsque la connaissance devient une fin en soi et qu’elle tourne à l’idolâtrie, elle rend rapidement son récepteur pathétique, comme dans tous les cas où l’on disproportionne ce qui est beau pour en faire quelque chose de grotesque.

  3. Ce qui pousse le culturiste à entretenir son corps, le muscler, le soumettre à des efforts « ridicules » autant « qu’inutiles », c’est peut-être la même volonté qui rompt l’intellectuel à la lecture, à l’écriture… dont il pourrait très bien se passer, car n’est pas érudit ou génie au quotidien qui veut… Alors, c’est pour rien, « pour rien » si tant est qu’on n’a de balance d’analyse que l’utilitarisme de premier niveau. Il fut même un temps, jusqu’à récemment, où le corps et l’esprit ne s’opposaient pas, ne se méprisaient pas, et on avait – dans l’ancien temps – un Pythagore champion olympique de pugilat ! sport violent s’il en est, l’équivalent du Free Fight aujourd’hui en fait de violence. Notre société s’est vantée d’avoir puisé son suc dans l’éther de la Grèce antique, mais je crois que notre société a plus à voir avec un prolongement matérialiste de ce judaïsme platonique qu’est le catholicisme plutôt que le fond puissant de l’hellénisme pré-socratique, le culte du corps placé sur la plus haute échelle de valeur, à côté de la philosophie, des dieux, de la poésie, de la guerre. Les intellectuels mondains d’aujourd’hui, dans leur mépris du corps (et s’ils ne le méprisent pas avec leur bouche ou leur plume, leur corps ridicule certifie bien le mépris du corps) sont comme les prêtres de l’église, des sermonneurs et des contempteurs du corps, tout en – Oh ! les cochons – s’en obsédant dans leur part libidineuse.
    Et si ce regain pour la musculation et la culture physique, était un bon-sens populaire face aux dégâts de la sédentarité et de la bouffe industrielle ? Et si, finalement, nous étions encore trop proches de notre moi préhistorique, et que le ramollissement physique à outrance court-circuitait l’enthousiasme psychique ? Le culte sportif est peut-être comme une réaction de survie, autant que désir d’esthétique et d’un autre bien-être qui ne passe toujours pas par « l’agréable doucereux » de prime abord.
    Je me considère comme petit ami de la connaissance, et pourtant je me travaille au corps, en ne trouvant pas cela ridicule… et en laissant cette question en suspend, volontairement sans réponse : « depuis quand l’inutile est inutile ? » Autant pour le corps, que pour l’esprit.

    1. Eh bien oui mais c’est plus la « muscu » que je nargue ici que le sport (le sport incluant une dimension de jeu que ne contient pas la muscu) et encore : je moque plutôt l’intello a qui viendrait l’idée de mépriser l’abonné au fitness…

  4. Je pense en fait que si le sport est si essentiel à l’homme, ce n’est pas tant par sa composante physique que parce qu’il est un « jeu », une compétition voire un rite. Tout sportif que vous êtes, vous avez sans doute plus d’intérêt à regarder un sport un peu stratégique qu’une épreuve purement physique comme l’haltérophilie par exemple.

    1. Tout à fait, je vous rejoins en plein sur le sport à objectif jeu, je dédaigne un peu la musculation pour la musculation, surtout celle qui fait sortir des proportions du métabolisme de base. Pour autant, la culture physique pour la culture physique est nécessaire pour se parfaire à un sport, mais bon, ça c’est de notoriété publique, c’est compris dans les entraînements… c’était juste pour le souligner.

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