Temps des nomades, chant des gitans

Amusant concept que celui de la propriété : car il ne tient qu’à nous de croire que celui qui a acheté le terrain l’occupe de droit. La propriété est un accord purement arbitraire, le propriétaire n’a rien de réel et les signatures ne sont jamais que des preuves que deux hommes ont échangé de l’argent à un moment donné. Le terrain, lui, n’est relié à personne en quelque façon, il s’appartient sans se soucier de ce qui se trame sur son dos.

Est-ce cette réflexion qui habite les Têtes Raides, San Sévérino, et tous ces simili-clochards de la chanson française qui fredonnent sur un accordéon que le monde est à tout le monde, je me balade partout ? Ils jugent fascisante l’idée d’avoir un patrimoine qui nous appartient et ne veulent chanter « Paris est beau quand chantent les oiseaux » que s’il rime avec « Paris est laid quand il se croit français ». Après les Ferrat qui chantaient communiste, voici les chantres de l’esprit gitan. Et cet esprit fait des merveilles quand pour glorifier le nomadisme, il se cache sous un documentaire historique ! Je fais ici allusion au film « Le Sacre de l’Homme », 2ème volet du programme de France 2 qui reconstitue l’odyssée préhistorique de l’espèce. Cet épisode, pour retracer la sédentarisation, met en scène la rencontre entre une tribu nomade et une peuplade sédentaire.


Le sacre de l’homme (1/9)

Les nomades sont présentés comme des êtres innocents, vivant d’amour et d’eau fraîche, ayant « le goût de l’aventure »… Tandis que les sédentaires sont rabougris et mesquins et n’ont d’autre rêve que de conserver leurs acquisitions. Les nomades sont écolos : ils s’accomodent de branchages. Mais les sédentaires, avec leurs constructions, plient la nature à leur volonté. Les nomades aiment l’étranger : il est une occasion de rencontre. Les sédentaires sont racistes : ils le voient comme une menace pour leurs biens. Oui, la propriété a tout gâché : elle a corrompu l’innocence. Et quand les nomades volent les sédentaires, on nous explique que ce n’est pas leur faute : eux ne croient pas faire de mal, ils pensent cueillir des baies sauvages. Ce sont les sédentaires, avec leur sale vision des choses, qui inventent la notion de vol !

Cette belle idéologie d’insouciance et de nomadisme est ce qui provoque en réalité la majorité des problèmes entre humains. Et ce n’est peut-être pas un hasard si de plus en plus on nous enjoint de renoncer à l’idée de propriété. Pourquoi voulez-vous une maison, nous dit-on ? Pourquoi voulez-vous un boulot ? Pourquoi voulez-vous un pays ? On dort si bien à la belle étoile ! Et le travail, c’est ennuyeux, vous n’allez tout de même pas garder le même toute votre vie ! Il faut bouger ! Mo-bi-li-té ! Mais en vélo, vous comprenez. En vélo de location ! Pourquoi vous embêter à posséder une voiture, qui salit la nature en plus ! Mai 68 a tout bouffé, qu’on vous dit ! Plutôt que de pleurer toutes ces choses qu’on ne compte plus vous offrir, mieux vaut chanter l’esprit gitan !

En réalité, l’idée de propriété – s’approprier un morceau de terre, une idée, un savoir – est salvatrice. Dans la vie, il y a les gens qui créent des biens : ils sont propriétaires d’un savoir-faire, d’un art, d’une connaissance, qu’ils cultivent et entretiennent. Ils œuvrent dans le sens de l’accroissement de valeur dans le monde. Autour gravitent les autres, les « nomades ». Les nomades ne possèdent rien et sont incapables de créer. Comme dans le documentaire, ils ne savent pas qu’on peut voler, ils ne savent pas qu’on peut créer. Ils croient que rien n’appartient à personne, que tout est tombé du ciel en l’état, que la richesse est en quantité finie et limitée sur la planète et que chacun en arrache une part à sa convenance. Les nomades n’ont rien à proposer au monde. Ce sont des pillards.

Le pillard a commencé par tuer et voler. Au fil des siècles, il a adapté sa technique : exploitation, esclavage, commerce… Aujourd’hui il s’approprie en consommant les créations des autres. En art, en amitié, en loisir, il pille, suce, mange et digère. Il éponge, absorbe, il « assiste à ». Il achète, sans jamais donner de lui-même. Il n’a pas de respect pour le bien ou pour le producteur car il ignore le travail et la compétence que renferme la chose qu’il convoite. Dans sa tête, créer cette chose est une formalité. Et si l’on questionne son comportement de pillard, de client, il répond que les oiseaux sont beaux, que le soleil brille, que le monde est une forêt dont chacun ramasse les fruits à sa guise, et que « zut, laissez-nous vivre » !

C’est tout cela qui transparaît dans l’attitude nomade de client intégral. C’est un esprit naturel chez l’enfant, « pauvre » par excellence, qui prend, absorbe, regarde, écoute, consomme, se remplit avec avidité. On est adulte quand on développe une conscience pour soi et une pour le monde ; quand on considère qu’il y a un temps pour se construire avec les choses de l’extérieur et un temps pour créer, donner, produire.

21 réflexions au sujet de “Temps des nomades, chant des gitans”

  1. La description que vous faites de l’idéologie du nomadisme fournit une clé de compréhension du présent que je n’avais encore jamais identifiée comme telle. Vous en tirez les conséquences qui s’imposent. Merci pour cet article lumineux.
    Mais, si je peux me permettre… Faites attention à la construction du verbe « enjoindre » : en français classique, on enjoint À quelqu’un DE faire qqch. La construction qui se répand dans les médias depuis dix ans, « enjoindre quelqu’un de faire qqch. », est très incorrecte. C’est comme confondre « ressortir de » (verbe du troisième groupe) et « ressortir à » (verbe du deuxième groupe, qui est synonyme de « relever de, être du domaine de »). La proposition qui se trouve dans votre quatrième paragraphe, « si on nous enjoint de plus en plus à accepter l’idée de renoncer à la propriété », mériterait correction. Écrivons en mode durable, comme je dis toujours… (Vous n’êtes pas obligé de laisser ce commentaire en ligne.)

  2. Je reviens mais je ne ne fais que passer… D’abord pour me corriger, ayant écrit que la construction fautive était « enjoindre quelqu’un de faire qqch. »… alors que c’est « enjoindre quelqu’un À faire qqch. » qu’on trouve partout et qui est incorrect (ouf ! on s’y perd). Et ensuite parce que «  nous sommes enjoints » ne va toujours pas, puisque le verbe enjoindre, n’admettant pas de complément d’objet direct, ne peut se mettre au passif… Il faudrait : « Et ce n’est peut-être pas un hasard si de plus en plus ON nous ENJOINT d’accepter… » Pardonnez-moi de me montrer si pénible. (Vous devriez effacer mes deux interventions. Je vois bien ce qu’elles peuvent avoir de pédant.) Bien à vous.

    1. Ah bien voilà ! J’allais vous demander de me donner directement la bonne formule car je n’étais pas sûr de moi.
      Pour ce qui est de l’idéologie en question, les conséquences qui s’imposent sont à mon avis, d’abord de résister à cette soi-disant poésie du vagabond sans patrie, « libéré » de ses possessions, qui, si possible, ne doit pas laisser de trace de son passage sur terre (l’empreinte écologique)… Une poésie qui nous est chantée par ceux-là même qui ont mordu la vie à pleine dents, et qui ont bénéficié de tout le confort.
      Je suis toujours surpris que ce conflit générationnel ne prenne pas plus corps aujourd’hui. Il est possible que l’idéologie du nomadisme serve d’ailleurs à retarder l’apparition de ce conflit, à illusionner le temps que les babiboumeurs soient définitivement trop vieux pour qu’on leur demande des comptes.
      Merci de votre commentaire.

  3. Culpabilisation écologiste pour imposer l’idée que l’Europe doit se préparer aux futures «  migrations climatiques », multiculturalisme imposé partout pour dissoudre les derniers souvenirs que les hommes pourraient avoir du concept de nation (lequel aurait dû servir de protection contre l’impérialisme économique du Big Brother américain, et contre les visions racialistes de l’histoire), déconstruction féroce puis abolition de l’idée même de patrimoine à transmettre (en esthétique, on n’a jamais autant insisté sur les ruptures et aussi peu parlé des filiations, alors même que les artistes deviennent de plus en plus interchangeables)… Bref, les individus se font déterritorialiser sur tous les fronts, dans leur travail, dans leurs moeurs, dans leurs têtes. Quelles informations nos dirigeants peuvent-ils bien posséder que nous n’avons pas, pour imposer dans tous les pays le même modèle d’organisation, aux effets déshumanisateurs ?
    P.S. En fait, la bonne formule serait : « on nous enjoint d’accepter »… Pour toutes ces questions, je vous recommande le TLF, dictionnaire gratuit en ligne (on gagne du temps) auquel on peut accéder par là : http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv4/showps.exe?p=combi.htm;java=no;
    Je découvre seulement votre blog, Xix, mais j’aime beaucoup…

  4. Moi non plus je n’avais jamais poussé plus loin cette réflexion du nomade. Si vous allez sur mon blog, vous allez vous rendre compte que je suis une nomade, en tout cas, pour cette période de ma vie. Et j’en suis consciente. Je n’arrive pas à « posséder » des choses, c’est trop pesant pour moi car j’ai besoin d’avoir l’esprit libre pour justement mieux penser ma future sédentarité. Et votre article parle de moi ! D’une manière que je n’aurais sans doute jamais trouvé, ou difficilement. Je suis dans l’action. Dernièrement, j’ai donné pas mal de mes affaires à des amis et d’autres, je les laisse dans la cave de mon dernier logement d’où je vous écris d’ailleurs et demain j’intègre un autre lieu, de façon temporaire aussi, le temps de gagner un peu d’argent. C’est un choix, suite au constat que la sédentarité pour le moment est trop pesante. Je n’ai pas eut le temps de réfléchir à ma sédentarité. Et je suis complètement d’accord avec vous : ce sont des étapes de maturité. Vient le moment un jour, de donner, de produire et conserver le savoir pour le transmettre.
    ———————–
    Merci à vous !

  5. Vous noterez que je m’attaque moins aux nomades eux-mêmes, ceux qui mènent cette vie, qu’à une idéologie courante qui veut nous y pousser en en faisant sa promotion. En disant non seulement « nomade c’est bien » mais « nomade, c’est la seule voie pour une personne moderne, tolérante, éclairée… » Il y a une génération qui a profité d’une période de prospérité sans précédent et qui voudrait, maintenant qu’elle dirige, que ses enfants goûtent la vie de bohème…
    Pour moi, le nomadisme peut être un mode de vie qui convient à certaines personnes particulières, le « troupeau » étant plus naturellement amené, pour son confort et son développement, à se sédentariser. Comme vous le dites, c’est aussi une question de maturité. Il y a un âge où l’on peut parcourir l’Europe sac au dos en dormant dans des gares et en se nourrissant de mauvais sandwichs, et un autre où il faut penser aux autres.

  6. D’accord avec le premier paragraphe, la notion de propriété, tout comme l’argent pour l’acheter, sont des inventions humaines. D’accord aussi avec la naïveté du film « Le sacre de l’Homme » qui propose un modèle un peu simplet . Je le vois plutôt comme un conte que comme un documentaire. Mais bon.
    Mais de là à carrément dénigrer le mode de vie nomade, tout de même! De toute évidence, tu n’aimes pas beaucoup les gitans. Soit. Mais de toute façon les gitans ne sont pas les seuls nomades au monde. Leur difficulté est qu’ils vivent en nomades sur des terres appartenant à des sédentaires. Oups, ça pose problème évidemment. Ils sont pour nous des parasites. Il est très difficile de faire cohabiter des nomades avec des sédentaires sur un même territoire puisque par définition leurs modes de vie s’opposent. En revanche, quand les nomades ont un état comme en Mongolie – seul état nomade au monde- les choses se passent autrement. Elles se passent même très bien.
    Les gitans comme tous les peuples nomades vivant sur des terres sédentaires ont beaucoup de peine à survivre. Leur quotidien est dur. De tout temps ils ont été rejetés et haïs par les sédentaires qui ont tout fait et continuent de tout faire pour les sédentariser comme s’il s’agissait de leur donner une dignité. Mais les nomades ont une identité très forte et c’est pour ça qu’ils s’accrochent quand même , comme ils peuvent. Les gitans se méfient comme de la peste des « gadjo » et à juste titre, de la même façon nous nous méfions des gitans et à juste titre aussi, puisqu’ils nous volent et nous pillent. Puisqu’ils polluent notre espace vital que nus gagnions à la sueur de notre front et que eux considèrent comme un dû. On les empêche de vivre selon leurs traditions alors ils se servent chez nous. Et nous les en haïssons que davantage. Ce n’est rien qu’un choc des cultures de plus, un qui perdure.
    C’est simplement une histoire de culture, de mode de vie, de conceptions différentes. Cher Xix, l’idée de propriété n’est pas salvatrice pour tout le monde. Ta conception des choses, et La conception des choses des sociétés occidentales ne sont pas des Vérités universelles. Il y’a des gens sur terre qui pensent et vivent autrement, qui ont fait des choix différents que l’on peut juger de notre point de vue meilleurs ou pires que les notres, mais ça s’arrête là. Mieux que de juger il est intéressant de chercher à comprendre l’autre, c’est l’Ouverture. Mais je ne suis pas là pour faire un traité d’ethnologie.
    Tu te bases sur ta vision des gitans pour juger tous les nomades et même le concept de nomadisme en lui même. Je trouve ça grave. C’est ça qui est à la source de nombreux problèmes humains, et pas le nomadisme. Le danger c’est la fermeture et l’incompréhension de l’autre qui a été jusqu’à faire se demander si tous les hommes avaient une âme, à une certaine époque. L’esclavage, les guerres, sont plus le résultat de la peur de l’autre, de l’incompréhension et de la fermeture qu’autre chose.
    Je suis sure que tu n’as jamais vécu avec des nomades. Moi si. Ils ne sont rien de ce que tu décris. Les nomades sont eux aussi des êtres humains, capables de pensée et de création. Les nomades sont très travailleurs. Le mode de vie nomade est même le plus rude qui soit. Je te conseille d’aller passer un mois en Mongolie chez une famille nomade. Tu vas en chier comme jamais dans ta vie et tu seras heureux de rentrer chez toi et de retrouver ton confort, tes bases, ton boulot.
    Si les nomades ne possèdent rien ce n’est pas parce qu’ils sont incapables de créer mais parce qu’ils ne doivent pas posséder plus qu’ils ne peuvent transporter avec eux. C’est logique, quand on se déplace régulièrement, non? Ils possèdent leurs yourtes ou leurs roulottes, ils possèdent leurs bêtes qui sont aussi leur bien le plus précieux (en Mongolie – en Europe les gitans auraient bien du mal avec des troupeaux…), mais ce qu’ils possèdent surtout c’est leur culture, leur identité. Tu remarqueras que les peuples nomades ont en général une identité très marquée et une culture très riche . Les sédentaires cristalisent leurs cultures dans des constructions quand les nomades le font par l’oralité , la musique, la danse, les coutumes qui perdurent, les costumes et les bijoux, choses immatérielles et légères à porter mais non pas moins dénuées de sens et de valeur. Les nomades n’ont donc pas rien, ils ont autrement. La terre chez les nomades appartient effectivement à tous, on s’y déplace, s’y installe et la quitte quand on le veut.
    Les nomades sont souvent des peuples casi-autosuffisants. Ils vivent de la chasse, de la cueillette ou de l’élevage ou de tout cela à la fois, ils produisent eux mêmes ce dont ils ont besoin, ils respectent leur environnement parce qu’ils en vivent et ils ne doivent pas souiller la terre ni l’eau à l’endroit où ils sont passés parce que d’autres viendront après eux. Et aussi parce que eux même repasseront pas là. (Les nomades se déplacent en général suivant un même circuit) Donc oui, les nomades sont écolos de part leur mode de vie.

    Ce que les nomades ont à proposer au monde, c’est une alternative. Un mode de vie, des conceptions différentes. C’est ce que chaque culture humaine propose. C’est la diversité du monde et pour moi c’est la plus grande richesse qui soit.

  7. Mme La Miette (on aura bavassé aujourd’hui !)
    Je pense que le principal obstacle qui nous oppose est d’ordre sémantique. Relisez mes 3 derniers paragraphes et observez que « nomades » est indiqué entre guillemets. Quand je parle de « nomades » ou de « gitans », je ne pense pas au peuple gitan en particulier, ni même aux véritables cultures nomades en général (tzigane, mongol, touareg…), que je connais peu et visiblement moins que vous. J’essaye plutôt de capturer une attitude, une disposition d’esprit toute moderne au sein de la société occidentale, qu’on a convenu d’appeler le « nomadisme ». Cela fait une grande différence, et je veux bien par ailleurs reconnaître avec vous la richesse que peut représenter la culture nomade traditionnelle (la Mongolie est d’ailleurs l’une des destinations qui me font rêver, j’accepte votre invitation à vivre 1 mois dans une famille nomade de là-bas !).

  8. Mais ne me demandez pas de venir vivre avec vous 1 mois sur un parking de caravanes et de Mercedes au milieu des sacs en plastique !

  9. Euh oui, on aura sacrément causé aujourd’hui, ça c’est sûr! Et je trouve ça très enrichissant, surtout quand on est pas d’accord, finalement 🙂

    Eh bien si j’ai mal interprêté tes propos je m’en excuse, effectivement j’ai fait un amalgame. J’ai lu trop vite et répondu tout aussi vite. Tu avoueras peut être que ça pouvait prêter à confusion, en fait tu veux parler du phénomène de néo-nomadisme qui se développe chez nous. Néo nomadisme, c’est ça le mot. C’est en effet très différent du nomadisme comme mode de vie.

    Et pour ce qui est de la Mongolie, si tu es sérieux, eh bien je veux bien t’emmener là bas! J’y retourne cet été. 😀

  10. Mais ne me demandez pas de venir vivre avec vous 1 mois sur un parking de caravanes et de Mercedes au milieu des sacs en plastique !

    Haha!!! 😀 Rien à voir!

  11. Mais maintenant que j’ai compris l’objet de l’article, je vais quand même le commenter!!!! (la chiante)

    Oui oui je vois maintenant très bien de quoi tu/ vous (je suis perdue , parfois on se tutoie d’autres fois pas) veux parler.

    Je pense que si les gens réagissent comme ça aujourd’hui et qu’un néo nomadisme se développe, c’est d’abord parce qu’ils ont un sentiment d’étouffement. Et qu’ils ont la possibilité de s’évader de temps à autre. Si la richesse et la possession viennent à être dévalorisés c’est parce que les gens n’en peuvent plus de consommer , qu’ils se sentent comme des oies qu’on gave. Il y’a sans doute derrière ce phénomème un mal être de nos sociétés, une crise de l’identité, je ne sais pas.

    Enfin c’est mon ressenti, mon avis personnel. On pourrait me caser dans la catégorie des néo-nomades d’une certaine façon puisque je suis moi même grande voyageuse, que je déménage souvent, que j’ai vécu un peu partout. Quand je voyage je suis une routarde, comme on dit. Le voyage ça donne un sentiment de liberté. C’est assez intense. Et comme je suis aussi un peu ethnologue, c’est normal aussi pour moi de voyager, j’aime découvrir de nouvelles cultures, rencontrer des gens différents… C’est extrémement enrichissant, c’est beaucoup de partage , d’échanges, de découvertes , d’humilité aussi. Bref, j’adore ça, même si le voyage s’accompagne aussi de souffrances, du moins quand on voyage en routard ce n’est pas toujours facile mais c’est le meilleur moyen de rencontrer les gens, d’aller vers l’authentique, de découvrir une culture.

    Personnellement, je trouve le voyage quelque chose de fabuleux . Après, le néo-nomadisme , c’est plus compliqué que ça. Ca veut dire pleins de choses. On peut être nomade sans bouger de chez soi. Attali dans « l’Homme nomade » appelle ça être « immobile comme en voyage ».

  12. Mes « néo-nomades » ne sont pourtant pas les derniers à consommer. Et leur nouvelle passion pour le camping n’est pas tant spontanée que lourdement encouragée par « la société ». A cet égard, il est amusant que vous citiez Attali : l’archétype de l’homme libéral au pouvoir, qui a certainement un patrimoine conséquent mais qui vante pour les autres le nomadisme : flexibilité, mobilité, mixité…
    Encore une fois, je ne critique pas dans le nomadisme la propension à voyager, mais simplement le déracinement, la compulsivité, l’insouciance, qu’on veut trop souvent nous faire prendre pour la liberté. Vous parlez de découvrir de nouvelles cultures, de rencontrer des gens différents… Mais vous le dites vous-même : l’échange n’est jamais aussi riche que lorsqu’on a des points de vue véritablement différents. Cette différence, il faut la cultiver, et pour cela conserver une certaine distance et conserver son attache. Lorsque le monde entier sera standardisé et « mixé » comme le prédit Attali, où irez-vous en voyage, où rencontrerez-vous la différence ?

  13. Oui, je sais. C’est bien pour ça que je tenais à établir une différence entre Voyage et néo-nomadisme qui sont des réalités bien différentes même s’il peut être aisé de les confondre. Je ne sais pas trop quoi dire du no-nomadisme, je ne me suis pas assez penchée sur la question. C’est assez complexe comme phénomène, ça englobe plusieurs choses, plusieurs « types » de personnes.

    Attali est aussi un personnage complexe. Il a effectivement un patrimoine conséquent , et il est l’homme mobile par excellence. Il admire le mode de vie nomade, il lui reconnaît des qualités indéniables, et aussi une rudesse qui force l’admiration, je trouve (dans le mode de vie nomade). Il n’est pas en contradiction avec ses principes, il me semble…

    Je comprends très bien ce que tu critiques. Je me demande comment tu fais pour dire le contraire de ce que je dis en utilisant mes arguments ?! Cultiver la différence se n’est pas s’immobiliser, jeter l’enclume une bonne fois pour toutes, rester chez soi finalement . C’est dans l’altérité et la différence que l’on prend le mieux conscience de son identité, de ce que l’on est. Pour rencontrer des gens complétement différents, il faut sortir de chez soi. On croit souvent que rester fermé sur soi est le meilleur moyen de protéger son identité et ses différences. C’est faux. C’est le meilleur moyen de devenir con surtout!

    La seule chose que l’on risque en voyageant, c’est de se trouver, pas de se perdre… La distance, on l’acquiert en regardant le monde sous un angle différent. Nous avons naturellement une distance quand on observe la culture d’un autre – parce que ce monde là nous est inconnu- mais il est fondamental d’avoir aussi un regard distancié envers son propre monde , ce qui est plus difficile. Le meilleur moyen que j’ai trouvé c’est encore le voyage. Découvrir d’autres modes de pensée et de vie ouvre les horizons de l’esprit, et permet à la fois de prendre conscience de nos différences, de ce que l’on est, de ce qu’est l’autre, et de ce qu’est le monde d’où l’on vient. On prend conscience des déterminismes qui pèsent sur nous, on voit le moule qui nous a fait et qu’on était incapable de voir avant… Bref. J’éspère qu’on se comprend?

  14. PS: sur le monde mixé, la mondia-globalisation en somme, alors là j’avoue, c’est quelque chose que je redoute … et en même temps, je ne peux m’empêcher de voir que si les empires tombent, les identités elles, résistent davantage. Les identités ne meurent pas si facilement. C’est quelque chose de très tenace! Mais le changement, oui. Les cultures, les identités changent. C’est normal, tout change, tout est en mouvement, il n’est rien de figé dans le monde, surtout pas l’homme. Mais il y’aura toujours des différences, toujours, même si elles sont changeantes. Même s’il y’en a moins.

    A moins que l’homme ne marche vers une future identité unique et ultime: celle d’être Homme, tout simplement. L’Humanité une et indivisible… peu probable à moins que nous ne rencontrions les petits hommes verts, ce qui pourrait arriver un jour, qui sait?

  15. PS: (après j’arrête, c’est promis!!)

    j’aurai pu penser à l’exemple de l’Europe sacreubleu!! Tout le monde avait peur de perdre son identité nationale en rentrant dans l’UE, en abolissant les frontières (d’une certaine façon), est ce que c’est le cas?? les français sont toujours bien français. Pas de doute la dessus. La possibilité d’aller facilement voir ce qui se passe chez son voisin, de se mélanger, d’être ensemble , ça n’a pas tué les identités. a n’a faiut qu’en créer une nouvelle , qui englobe toutes les autres: l’identité europééne. Et rien qu’en France, il existe plusieurs identités: les gitans, les basques ect… Bref, voilà. Point final!!

  16. Difficile de laisser passer une telle « réduction » du nomadisme à celui vu par les occidentaux…

    1 ) A l’auteur de l’article initial, je me permets de conseiller la lecture d’un ouvrage remarquable, redécouvert aujourd’hui par la génération « Télé-culture-&-Cie » (tiens comme c’est curieux, y aurait-il du fric à faire ??), du grand ethnologue qui vient de nous quitter à l’âge respectable de nonagénaire…Claude Levy-Strauss, lequel a si bien observé les cultures très différentes de nôtres : « Tristes Tropiques ».Miette a raison sur un point :ce sont nos différence,enracinées dans notre éducation,qui nous empêchent de comprendre objectivement les autres…

    2 ) Pour ma part,après un voyage inespéré voici plus de 30 ans en Polynésie (1974),j’y avais découvert une forme de solidarité entre les pêcheurs de perles (nomades par force) et les autres,qui m’avait ouvert les yeux. Qu’il s’agisse pour eux d’emprunter (ils le rendaient toujours) votre vélo, ou de laisser nourrir leurs enfants de temps en temps par les voisins, ils étaient généreux avec ce que la vie leur avait donné.Et croyez-moi ou pas, mais plonger à 30 ou 40m sans masque et remonter N fois par jour vous réduit sérieusement la durée de vie…

    Alors je crois que nous confondons, en Occident, la « Nomadité » avec la « Précarité » voulue et entretenue par ceux-là même qui nous gouvernent du haut de leurs sédentarité auto-reproductrice: ils n’ont pas de souci plus important que de se maintenir en place,là où ils sont, c’est-à-dire AU POUVOIR !! Que ceux (celles) qui peuvent comprendre comprennent… mais qu’ils(elles) ne viennent pas se plaindre quand ils(elles) boudent les urnes…50 %??
    Et puis, pour finir, je dirais que les « nomades » sont aussi au cœur de la Recherche, scientifique ou pas, car ce sont toujours les passionnés et les curieux qui font bouger le Monde, pas les autres…Alors OUVRONS les YEUX !!

  17. Il me semble que le nomadisme « traditionnel » (gitans, etc) implique une démarche/tradition où le groupe, la communauté familiale, le clan sont des éléments déterminants et formateurs du mode de vie en question. Alors que dans la version light du nomadisme bobo, ce qui est revendiqué, c’est l’individualisme par opposition à ces liens familiaux que nous lions à la notion de transmition du patrimoine, etc. Donc contresens de nos neo-« nomades »

  18. Le nomade sait parfaitement d’où il vient et où il va, sa force il la puise dans ses racines.
    Le  » nomade » tente de les couper pour se sentir exister en se croyant libre.

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