Crétin électronique : restez branché !

L’ennui est une incapacité à rester seul et inactif. Un évitement systématique de se retrouver face à soi. Plutôt lire, écouter, discuter, courir, tout qui puisse occuper l’esprit, saturer les sens, bloquer l’accès aux idées et aux questions fécondes. La crainte de l’ennui est le propre des gens creux : inoccupés, ils craignent d’entrevoir le vide qui les habite et d’attraper un vertige. Les emmerdeurs du quotidien sont typiquement des gens qui craignent l’ennui.

iPod

Ce qui est curieux, c’est que des pans entiers de l’industrie travaillent pour ces gens là. Des entreprises, mais aussi des secteurs entiers de l’économie, sont dédiés par exemple à l’équipement des crétins électroniques. Car le crétin électronique a besoin de la technologie la plus pointue pour accoucher de sa bêtise. Il a aujourd’hui  à sa disposition une gamme infiniment variée de produits et services à fort quotient technologique, qui n’ont pour seule valeur ajoutée que de le distraire, de le soustraire à lui-même et à la réalité. C’est la seule vocation de ces produits : permettre au crétin électronique de s’oublier ; et tant pis si ces produits sont par ailleurs des instruments de nuisance qui dégradent la qualité de vie des gens normaux.

Il a par exemple fallu que quelqu’un invente un appareil de musique individuel spécialement conçu pour déranger les gens : aux écouteurs traditionnels, a été ajouté un micro qui fait profiter d’un son nasillard et insupportable à tout l’entourage du crétin – dans la rue, dans les transports en commun. Le son est de piètre qualité aussi bien pour cet entourage que pour le crétin lui-même, mais voilà : il offre au crétin électronique je ne sais quel bénéfice (afficher « qui il est » ?). Et voilà un produit technologique à valeur humaine ajoutée négative !

Il faut bien être conscient que ce produit n’est pas une erreur. Avant d’arriver dans les mains du crétin électronique, il a été longuement pensé et réfléchi, est passé entre des centaines de mains sérieuses et professionnelles, a nécessité des investissements massifs… Qui a intérêt à ça ? Qu’y a-t-il de si impératif à brancher les crétins, qui justifie une véritable politique industrielle des « loisirs » ? Qu’aurait-on pu par exemple créer de véritablement intéressant avec le fric qu’on a cramé pour arriver à l’iPod ?

5 réflexions au sujet de “Crétin électronique : restez branché !”

  1. Pas mal cette expression
    le cretin électronique

    Je me retrouve parfois dans votre description, il est donc utile, parfois, de se le dire.
    et… je le ferais lire à ma fille de 14 ans..

  2. C’est amusant que vous réagissiez à ce sujet car j’y ai repensé très récemment, en me posant la question suivante : je vois très bien comme il est facile aujourd’hui de « perdre » des heures, des soirées, des journées branché, à lire des choses sur le net (intéressantes du reste), à sautiller de vidéo en vidéo sur YouTube, à écouter toute la musique en ligne (et non plus un album en tant que tel)… Si l’on me demandait de grandir à cette époque parmi cette offre pléthorique de loisir passif, aurais-je la simple idée de passer du temps à flâner sur mon lit ou à ma fenêtre ? Aurais-je l’occasion de saisir un crayon pour découvrir mon aptitude pour le dessin ou l’écriture ? Pourrais-je développer des activités personnelles qui laissent quelque chose derrière ? Ou tout mon temps et mon énergie seraient perdus dans les mémoires amnésiques d’iPod ou de mon navigateur ?

  3. Ne rien faire, mais vraiment rien faire et en être content a toujours été mal vu, ça commence dès l’enfance ,  » Arrète de bayer aux corneilles, fais quelque chose !  » alors je suppose qu’il doity avoir – en plus de la peur de se trouver seul face avec soi même- un vague sentiment de culpabilité pour beaucoup. L’électronique,internet &cie oui, c’est un bon moyen de se perdre et de « passer le temps »,( quelle horreur, »passer le temps »)mais ce n’est qu’un moyen, pas pire que de s’inscrire à quantité de cours de poterie,danse,macramé,yoga etc . ,suffisamment pour avoir son agenda rempli à déborder.
    Je ne prends pas tout votre texte au 1er degré, sûrement vous devez l’avoir écrit après avoir été dérangé par des crétins qui ne savent et/ou ne veulent pas utiliser leur iPod intelligemment.:)
    Mais dans le fond ,je suis bien d’accord avec vous, l’ennui fait peur et je me demande si tout ce que l’on fait, même les choses « intelligentes », »interessantes » »passionnantes » ne sont pas toutes un moyen de ne pas voir ce qu’il y a au fond du puit ?

  4. THE INTERNET: SPECTACULAR COMMUNICATION, or
    COMMUNICATION AS SPECTACLE
    Eight Thesis on the Internet

    1

    The Internet is simultaneously the spectacle of communication and communication as spectacle . While each consumer separately imagines that he is unified with the other in “communicating freely” with each other, the only true exchange and “unfication” between this new, enhanced category of spectators, is precisely that of the spectacle as defined by Guy Debord. (“The spectacle presents itself as the society, as a part of society and as the instrument of its unification.” The Society of the Spectacle, 1967)

    2

    The technology of the Internet allows for a presumption of universal connection: everyone is seemingly hooked up to everyone. In the first, winsome and uncritical moments of the medium’s development, it was possible to think that this connection would or could lead to true and free communication: everyone exchanging true content and meaning with everyone utilizing a new mediator: the digital waves. Soon enough, given the predominant structure of society, the necessities of money and of the commodity overwhelmed this naive ideal and the universal network established itself for what it was supposed to be: the universal carrier of the dominant commercial message. “Connection” was then seen by some to be unequal to communication, but perfect for other, initially un-avowed purposes: commerce, the further development of the commodity The few exceptions still extant within this framework neatly confirm the rule: the business of the internet is business.

    3

    However, besides a new, improved pathway to commerce, the Internet became as well the ideal breeding ground for that great spectacular achievement: the illusion of communication. Put another way, never have so many people in history been so thoroughly convinced that they are talking so much to so many people while saying absolutely nothing meaningful . The few times in which the Internet actually had a semblance of meaning (certain riots, certain of its uses during the so-called Arab Spring of 2011 for example, Chinese dissidents debates), it was quickly muzzled, the fragile connection severed by the State without hesitation. And while the critique of what happened in those instances doesn’t exist, the great majority of the world continues to entertain the perfect illusion that their connection is still there, valid as communication and free of all distortion.

    4

    With the Internet the spectacle has achieved its ultimate goal, which is the direct, willing and passionate participation of the individual in the mass fabrication of their own separation. Now everyone can be said to be the direct author of his own individual spectacle. In this way the spectacle has managed to separate the separateness itself and to feed it back to each individual spectator as his own production in a novel form of separation feedback. Thus the spectator becomes the willing agent of his own separation while being thoroughly convinced that he is reaching the epitome of communication.

    5

    In other words: with the full development of “social media” the spectacle has reached its highest new point: the spectator not only participates directly and heartily in the spectacle –an achievement in itself– but he has also been made to accept that he should “elevate” his life to that of an individual spectacle, where the threefold transition is at last completed at every individual level, from being to having to simply appearing. “Appearing” has replaced all culture, thus eliminating the thorny problem of its historical critique. As the totality of culture becomes spectacle, any of its elements at any time can only be judged by how much and how frequently they appear in the social media. Increasingly museums, television stations, book publishers and all the other classical “institutions” of culture now conduct their operations based on the number and quality of the social media “hits” (tweeters, etc.) that they can generate on the Internet.

    6

    In the internetic world, there is no more conflict –even theoretical—between representation and the actual, lived thing. They have been finally fused in a third reality in which they both lose their previous limitation and achieve a sort of virtual immortality: Facebook’s timeline becomes your new biography, which may contain anything or nothing, from a blend of fact and fantasy to outright lies and manipulations, but where nothing is or will ever be subject to any sort of verification, theoretical or practical. In this neo virtual, perfectly subjective world, truth has finally been demoted, made useless and will not make one last appearance: because we can rest assured that its complete loss will go by unnoticed by the self-preoccupied tweeters and bloggers.

    7

    The internet can also be seen as a condensate of all existing media, a compressed version allowing each individual immediate access to the totality of the representations of the spectacle. As such it is a hologram multiplying itself in every location. Another totalitarian dream of the spectacle is thus realized: every particle of the spectacle contains the whole spectacle.

    8
    As we have seen with the latest series of scandals at the highest levels of the commanding hierarchy, the internet is the embodiment of the last stage of the spectacle, when every aspect of individual life is inevitably subject to its own, peculiar laws and the last walls of privacy and self-containment have been destroyed for good. Long live the spectacle!

  5. « a été ajouté un micro qui fait profiter d’un son nasillard et insupportable à tout l’entourage du crétin « …
    Le son serait bien meilleur si c’était un HAUT-PARLEUR.
    Sinon, tout va bien.

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