Oeil sale

Il est honorable de traquer la laideur et la vulgarité pour la défaire de ses oripeaux ; il est légitime de chercher à gratter la peinture pour révéler le faux et le toc qui se cachent en-dessous. Attention néanmoins à ne pas pousser trop loin cette vertu : on en sortirait l’œil sale, c’est-à-dire que tout deviendrait prétexte à la laideur parce qu’en fin de compte, la dénoncer nous procure du plaisir.

En grattant la peinture, on peut toujours trouver un défaut qui se cache.
Le fait est qu’on vient de gâcher une peinture qui elle, était belle.

4 réflexions au sujet de « Oeil sale »

  1. Addendum :
    Un type d’oeil sale, c’est Céline (oui, encore !) dans ses romans, qui sous prétexte de peindre la tragédie de la vie, finit par la barbouiller toute entière de vomi noir. Et c’est justement parce que « Voyage au bout de la nuit » parvient à mettre ce phénomène « d’oeil sale » en abîme qu’il dépasse tous ses autres romans barbouilleurs. Dans le Voyage, Bardamu traverse des événements « horribles » mais qui le deviennent de moins en moins (guerre de 14, Afrique, New York, banlieue parisienne). Une sorte de decrescendo vers la banalité, mais pourtant les choses sont décrites de façon toujours plus noire.
    Comme si Céline voulait nous dire « ce n’est pas forcément la vie qui est noire, c’est moi, c’est mon oeil sale, qui ne sait plus voir que la crasse, qui me rend foutu pour apprécier la vie simple. Une fois que Bardamu a « gratté la peinture » de la vie, il n’est pas plus avancé.

  2. Belle idée. C’est aussi un peu comme bouder son plaisir devant un film qui nous impressionne visuellement sous pretexte que « blockbuster » « grosse machine americaine », etc. On sacrifie une émotion sincère sur l’autel d’un cynisme convenu. (oui, je pense à un certain film en disant ça)

  3. Oui, c’est ça. La peur de passer pour un couillon peut pousser à se méfier de tout (« moi on me la fait pas »), à nous carapacer sous un air blasé… et à passer à côté des choses. L’idée est de lâcher un peu prise et de jouer le jeu malgré tout.
    Ce pourrait être, j’imagine, la situation d’un nouveau père, qui pendant des années est passé à côté de la grand roue en pensant « ce truc est un attrape-gogo », tant et si bien qu’au fond, il n’a jamais vu la ville de ce point de vue. Cette fois il repasse avec son enfant et il dit « eh bien soit, on va quand même s’en payer un tour ! »

  4. …tellement de choses à dire. Mais je ne peux parler que de moi. Quand je découvre chez quelqu’un un truc pas cool, on va dire sale (par exemple une tendance à la méchanceté gratuite, à la radinerie, à la moquerie facile, aux préjugés à l’emporte-pièce, à la non remise en question etc.) j’ai tendance à m’éloigner car je sais d’avance que l’on ne peut changer les gens. Et je sais aussi en second lieu qu’à mon contact, ils ou elles vont se donner un malin plaisir à parfaire leur « talent » histoire de m’emmerder, même si je ne dit rien.
    Mais il y a aussi une autre catégorie de personne chez lesquelles on trouve du Sale en grattant un peu.
    Et en fin de compte, j’ai jamais besoin de gratter du tout, les oripeaux tombent tous seuls à la longue. J’aime pas gratter les autres. J’aime bien me gratter moi-même parce que je sais toujours où çà gratte, et mieux que personne !
    Il y a donc une autre catégorie de personne avec du Sale : ceux qui savent qu’il y a du sale et qui travaillent avec, doucement mais surement. Qui vivent en étant patient avec eux-mêmes, en prenant le soin de se ravaler la façade, lentement mais surement. Ceux-là ont toute ma sympathie et c’est bon d’être avec eux. Car dans leur « saleté » – et là je crois qu’on a tous notre dose plus ou moins consciente – ils sont propres dans leur façon de s’en occuper.

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