Être plus fou que le fou

Dans le métro, un dimanche soir, 23 h, un fou est dans le même wagon que vous. Un jeune, casque sur les oreilles, visiblement alcoolisé, qui arpente les voitures en fumant un pétard, parle seul à voix haute, chante, s’adresse à lui-même… Il fait des tractions et des cabrioles sur les barres et les poignées. Il a l’air heureux d’être fou devant les autres. Il est dans un état second. Dans un autre monde.

Mais à la station suivante, monte un autre fou ! Personnage grand, posé, patibulaire, lunettes fumées sur les yeux… Qui lui vole la vedette ! Il tient dans une main une bouteille de vin rouge et dans l’autre un verre à pied cassé. Et il se sert comme cela de petits verres successifs, qu’il déguste du bout des lèvres à même le verre brisé. Il sirote avec le plus grand calme et la plus grande distinction, à même le verre coupé, sans ambage.

Le jeune fou est médusé. Subjugué. « Attends t’es ouf toi, trop fort ». L’autre le toise de façon princière, lui propose de s’asseoir à côté de lui et de trinquer. Le jeune fou est fasciné. Son numéro de fou à lui est automatiquement ruiné, anéanti ; il l’a stoppé instantanément. Voici un fou qui s’est fait doubler par la gauche. Et voici une solution parmi d’autres pour claquer le bec d’un bousilleur : être plus fou que le fou.

C’est d’ailleurs le principe utilisé pour éteindre les puits de pétrole en feu : jeter de l’eau ne servirait à rien, il faut faire péter une énorme explosion au pied de la flamme, ça vous souffle net l’incendie. Et puis c’est marre.

6 réflexions au sujet de « Être plus fou que le fou »

  1. Il m’est arrivé de faire le fou chez les fous et d’être éjecté car trop fou : service national.
    Le plus fou c’est que si c’était à refaire, j’aurais aimé les rejoindre ces fous-là : je ne me doutais pas que la société civile regorgeais de fous encore plus fous que les militaires. Nous faisons tous des erreurs.

  2. Bon, c’est bien parce que je suis à un âge où le ridicule ne tue pas.
    Le service tombait mal au niveau du calendrier, je voulais me faire exempter car j’avais été admis à une formation payante d’une durée d’un an et à laquelle je tenais beaucoup.
    Comment y parvenir ? Je ne pouvais le faire pour raisons sociales ou médicales. Restaient les raisons psychologiques. Bon nombre s’y sont essayés à l’aide d’un mélange de psychotropes, d’alcool et de manque de sommeil et pourtant le taux de réussite était mauvais. Il me restait la carte de l’étrangeté flanquée d’un sacré toupet. 1)J’ai dit en substance que j’étais obsédé par le vampirisme et que je n’avais de cesse de vouloir grossir les rangs de ces prédateurs.
    2)J’expliquais froidement qu’il m’était extrêmement pénible d’avoir une vie sociale normale du fait de mes affinités morbides et que seules les visites combinées de psychiatres et le soutien de ma copine me ramenaient sur le plan de la réalité.
    3)Enfin je parachevais le profil de l’étrange associable en ajoutant une dose de potentielle dangerosité pour moi-même voire pour les autres : j’avouais que mon obsession pour le sang me poussait à consommer de temps à autre le mien à l’aide de savantes incisions sur mon corps.
    Les instructeurs n’ont pas voulu prendre de risque. Au vu de mon profil me couper de mon environnement aurait été fatal à l’équilibre mental précaire que j’arrivais à instaurer. Et en ce cas mes obsessions pour le sang étaient bien évidemment incompatibles avec le service national. Je les avais ficelé comme un roti avec mon histoire que j’avais travaillé à l’avance comme un acteur l’aurait sans doute fait. Je précise que j’ai de réelles affinités pour le thème du vampirisme, celles-ci ont donné un fond de véracité au récit. Les meilleures mensonges doivent être le plus proche de la réalité. J’ai été manifestement crédible car exempté P4.

  3. Ces histoires de simulations pour être dispensé sont nombreuses : le boulot « d’inspecteur » doit^potentiellement être très rigolo : regarder défiler les numéros de fous. Je suis sûr que dans la plupart des cas, ils détectent la comédie, mais d’une, ils ne « prennent pas de risque » comme vous dites, et de deux ils « récompensent » ceux qui ont osé le tenter.

  4. reste une chose cher ami, l’exemption p4 est parfois necessaire, on peut simuler on peut tenter sa chance et marcher la tête basse , parcequ’il n’y a rien de glorieux à éviter le service dans ces conditions, mais quand vous avez réellement besoin d’éviter?
    on fait quoi?

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