« Le chrétien fait piètre figure »

Friedrich Nietzsche (dans Le Gai savoir ?) :

« Si le christianisme était dans le juste avec ses dogmes du Dieu vengeur, de l’élection par la grâce, et du danger de damnation éternelle, ce serait un signe de débilité mentale de ne pas se faire prêtre, apôtre ou ermite, et de ne pas travailler uniquement à son salut dans la crainte. Il serait insensé de négliger ainsi les biens éternels au profit de ses aises temporelles.
A supposer que la foi existe, le chrétien fait piètre figure. C’est un homme qui ne sait vraiment pas compter jusqu’à trois, et qui du reste, à cause justement de sa débilité intellectuelle, ne mériterait pas d’être aussi durement châtié que le lui promet le christianisme. »

La Bible, quant à elle, dit : « Parce que tu es tiède, je te vomirai de ma bouche »

10 réflexions au sujet de « « Le chrétien fait piètre figure » »

  1. J’ai lu l’extrait à l’instant…les mots qui saillent comme chrétiens, christianisme, grâce, salut…tiède. Çà évoque chez moi des souvenirs encore vivaces, mon éducation, mon milieu d’origine. Que j’ai quitté il y a 5 ans maintenant.
    —————-
    J’ai échoué dans le projet « être chrétien ».
    Au féminin pour moi bien-entendu.
    Aujourd’hui je ne sais plus que penser.
    —————-
    Je connais pas mal de verset bibliques, les références, les anecdotes, les récits, les noms, presque les généalogies…mais çà ne me sert à rien, sauf à briller en société et même çà je ne le fais pas. Ce serait malsain.
    —————-
    S’il y a des chrétiens tant mieux, ils doivent être rares. Et non-médiatisés. Un chrétien, un vrai, c’est sûrement discret. Enfin je sais pas…je dis çà comme çà.
    —————-
    Je ne sais pas au juste ce qui vous pousse, cher Tsar, à partager cet extrait-ci. Avec un verset biblique à la clé. Avez-vous vous aussi le désir d’atteindre cet état d’être de « chrétien » ? Cela vous semble-t-il insurmontable ? A moi oui.
    J’ai fait ce que j’ai pu par le passé et aujourd’hui…
    —————-
    J’ose à peine parler à celui qui est, celui qui n’a pas de nom. J’ai été chassée, je me suis chassée.
    Je me suis vomie…

  2. C’est ce que je me suis toujours dit. Si les chrétiens, ou plutôt si les croyants au sens large croyaient réellement, profondément, s’ils étaient convaincus que leur foi et leur livre reflètent le fonctionnement de la réalité, ils serait alors logique qu’ils se consacrent complètement a leur dieu immense et tout puissant, dans une dévotion craintive et totale.

  3. Les vrais chrétiens le sont (entièrement dévoués), sans être forcément prêtres, il y en a très peu mais j’en connais. Au sujet de ces personnes je dirais comme David Lodge : « …avec les gens pieux, on ne peut pas avoir une conversation rationnelle sur quoi que ce soit d’important », mais au moins ils vont au bout de leur logique.
    Les autres ne fonctionnent que par automatisme.

  4. Je ne jugerai pas de l’insurmontabilité d’être chrétien, je n’ai pas suffisament essayé pour cela ! Je le suis par « automatisme » comme dit egocyte, c’est-à-dire très peu : il me manque pour cela de véritablement croire à une vie après la mort.
    Et dès lors qu’on y croit vraiment, comment se contenter d’être un chrétien version « bourgeois » ou « bon père de famille » ? Quand à la clé, il y a grâce ou damnation, comment ne pas tout abandonner, ou au moins faire comme ces fous américains aux carrefours des grandes villes, qui hurlent « Repent! » dans un mégaphone avec une pancarte « Jesus loves you » ! Ou bien vivre comme un Léon Bloy, qui a tenté d’être chrétien au pied de la lettre : vivre d’aumône, remettre son destin dans les mains de Dieu (j’ai lu son Journal récemment, quelques « morceaux choisis »prochainement !).
    Ce qui est important en tout cas, c’est d’être conscient de cette difficulté, ce défi de vivre selon sa foi. J’aime ce passage de Nietzsche parce qu’il exprime son exigence en matière de foi : Nietzsche est beaucoup moins l’athée intégral que l’assoiffé de divin, que le christianisme ne peut plus satisfaire. Il ne dit pas « Mort à Dieu » mais « Dieu est mort » : c’est un constat, ce type de religiosité, de fait, est dépassé et amené à décliner. Alors il scrute l’horizon : maintenant que ce dieu là est mort, vers quoi doit se tourner l’homme qui a soif d’absolu ?

  5. C’est exactement ce que je pense. J’ai d’ailleurs écrit quelque chose là-dessus :
    Si j’étais croyant, si j’étais chrétien,
    je serais catholique et cistercien,

    Je voudrais l’église sans fresque ni vitrail,
    sans banc, sans dalle et sans tout l’attirail ;
    deux poutres pour la croix, un rocher pour l’autel.

    Je serais fanatique, et sombre, et blême,
    car si je suis croyant, Jésus existera,
    et tout sera terrible et la faiblesse extrême.

    Si j’étais croyant, si j’étais chrétien,
    je serais catholique et franciscain,

    Je suivrais le chemin du bienheureux François,
    loin des vanités, plus gueux que Diogène ;
    je louerais jour et nuit, six fois, vingt fois, cent fois.

    J’irais toujours, en hardes et prières,
    j’irais prêcher, partout, supplier pour qu’ils croient,
    le long des chemins, encor, le long des rivières ;

    Si j’étais croyant, si j’étais chrétien,
    je serais catholique et je ne serais rien,

    Je souhaiterais souffrir, vivre en martyr, mourir
    tout supporter, endurer mille épreuves,
    m’accuser, m’insulter, ramper et me maudire.

    Je saurais encor, sous le Ciel insigne
    refuser qu’on me plaigne, et plus, qu’on me [regarde,
    refuser le Pardon dont je serais indigne.

    Si j’étais chrétien… Oh ! que Dieu m’en garde !

    1. Vous êtes également poète ? Et bien merci de partager ce texte ici.
      C’est amusant car cela fait écho au livre que je suis en train de lire en ce moment : La Tentation de St Antoine (Flaubert).

  6. C’est une interprétation toute personnelle, un ressenti, un sentiment, mais je vous le livre.

    Averroes disait de la loi chrétienne qu’elle est une loi impossible. Effectivement le chrétien « parfait » serait celui qui serait semblable au Christ. Dieu fait homme. Ce qui est impossible.

    Alors le chrétien essaye de s’approcher, péniblement, maladroitement, de son idéal. D’échecs en échecs il travaille chaque jour sur lui-même.

    Bien sûr, il ne réussira jamais. Bien sûr il cédera un jour ou l’autre, et regrettera.

    Et si de pénitence en contrition, si par une vie ascétique il croit devenir parfait, il va se heurter au pire des péchés : l’orgueil de se croire l’Homme Juste. Parce qu’il oubliera son prochain pour se consacrer entièrement à son propre salut.

    L’erreur, la faute, c’est de ne pas essayer. Parce que réussir, personne ne le peut.

    1. J’entends bien qu’y arriver est impossible, que c’est un idéal à viser. Mais parlons seulement de ceux qui essaient, de ceux que cela embête vraiment de ne pas y arriver… Où voit-on le comportement embêté, apeuré, paniqué, de ceux qui sont censés croire qu’ils risquent l’enfer à perpétuité ?
      Votre position est intéressante en tout cas. Je retiens notamment l’argument selon lequel se dédier entièrement à son propre salut ne serait pas encore « être chrétien »…

      1. Justement, une personne qui a rencontré Jésus-Christ et le suis (je m’inclus dans le lot) n’est pas « apeurée, paniqué ».
        Le Christ est notre espérance et notre salut. Et il ne s’agit pas « d’y arriver », par nature nous ne pouvons nous sauver nous-même. Il faut, conscient de nos faiblesses (mais sans fausse humilité) implorer Dieu de nous relever sans cesse.

        D’où les prières les plus courtes :
        « Seigneur Jésus, fils du Dieu vivant, prends pitié de moi pécheur » (prière du pélerin russe, répétée en litanie)
        « O bon Jésus, pardonne nous nos péchés, préserve nous du feu de l’Enfer, et conduits au Ciel toutes les âmes » (prière des enfants de Fatima)

        Le point de vue de Nietzche serait compréhensible si l’homme pouvait GAGNER son salut. Mais ce n’est pas le cas, il ne peut que le RECEVOIR. Sa remarque est compréhensible dans un esprit assez janséniste (= peu de gens à être sauvés).
        Il faut avoir le courage de se dire que nous ignorons le plan de Dieu (est il bon? juste?) et savoir trouver la confiance de croire que, pour moi, Dieu veut mon salut et ma vie, quoique je fasse ou que je sois.

        Ceci dit, des propositions de vie chrétienne pour les laïcs (donc qui ne soient pas prêtre, apôtre, ermite) avaient déjà été faites et développées bien avant cette époque (cf pour un grand et beau travail St François de Sales)

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