Trente-et-un décembre

Le 31 décembre, avec son sempiternel réveillon qui revient impitoyablement, est toujours l’occasion d’observer cette curieuse dynamique : l’homme est lui-même à l’origine de ses soucis et nous sommes les artisans de notre malheur.

Car le 31, tout le monde s’accorde à dire que c’est une tannée, une obligation qui nous est infligée annuellement, que d’une part il y a le souci de trouver son 31, de s’inquiéter d’en prévoir un, et d’autre part la garantie d’une soirée poussive, d’une fête plus ou moins ratée. Et malgré ce constat unanime, chacun continue à s’y plier, à se coller un réveillon année après année. Ça ne vient à l’idée de personne de se dire « merde le 31 ! ». Pas de réveillon. Soirée chez moi, à lire ou regarder la télé. Coucher à 23 h 30, et on attendra demain pour dire bonne année. Non, au lieu de ça, tout le monde s’oblige. Toute la vie jusqu’à ce que mort s’ensuive. Toute la vie, tout le monde s’attèle à faire une chose qu’au fond il n’a pas envie de faire. Et avec le sourire !

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Nous avons là le mécanisme qui entraîne la plupart des situations dont nous nous plaignons : à de nombreux égards nous sommes les architectes de notre malheur. Les gardiens et les animateurs de notre malheur. Il n’y a qu’à voir l’énergie faramineuse que nous déployons chaque jour pour nous lever, et nous relever. Pour nous motiver, pour nous convaincre, pour repartir, pour reproduire les mêmes gestes. Pour remplir les formalités et les obligations. Tous les jours nous faisons des pieds et des mains pour nous maintenir dans le train-train que l’on prétend détester. Pour qu’il ait une suite, un lendemain, puis un autre, puis un autre…

Nous sommes coupables de cela : de notre attentisme, de notre passivité, mais aussi et surtout de notre persévérance et de notre pugnacité à entretenir cela. Changer semble souvent au-delà de nos forces mais en réalité c’est continuer qui demande l’effort le plus persistant et en fin de compte le plus coûteux.

Imaginez un instant que l’on déploie la même énergie à faire ce qui nous plait. Autant d’heures et d’efforts à ramer dans notre sens. Que de réalisations !

3 réflexions au sujet de « Trente-et-un décembre »

    1. Haha, votre histoire rappelle en effet des souvenirs, encore qu’elle parle de quelque chose de différent en incluant la notion de réseau, de vouloir « infiltrer » un cercle. Mes souvenirs de 31 à moi remontent sans doute à un âge encore plus jeune où la pression sociale nous somme de participer à une fête si possible déjantée. Mieux vaut échafauder un plan hasardeux (un peu dans l’esprit du vôtre !) que d’accepter de ne rien faire. Et même si vous avez osé rester seul à la maison, une vague culpabilité vous envahit alors que vous triturez la télécommande du téléviseur à la recherche d’un programme pas trop bête. Vous croyez entendre les rires lointains des réveillonneurs.

  1. « Le premier janvier est le seul jour de l’année où les femmes oublient notre passé grâce à notre présent. »
    (Sacha Guitry)
    J’aime ce billet. Et sachez que mon 31 à moi se déroule toujours sous les étoiles, loin très loin des rumeurs rauques du réveillon.

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