« Le pire est de n’avoir pas accompli le bien qu’on pouvait »

Léon Bloy dans dans Journal II (1907-1917) :

« Le peu que j’ai, Dieu me l’a donné et quel usage en ai-je fait ? Le pire mal n’est pas de commettre des crimes mais de n’avoir pas accompli le bien qu’on pouvait. Dieu m’avait donné l’instinct de l’absolu – don extrêmement rare et torturant qui implique l’appétit constant et furieux de ce qui n’existe pas sur la terre. Je pouvais devenir un saint, je suis devenu un homme de lettres ! Ces pages qu’on veut admirer, si on savait qu’elles ne sont que le résidu d’un don surnaturel que j’ai gâché odieusement et dont il me sera demandé un compte redoutable ! Je n’ai pas fait ce que Dieu voulait de moi, c’est certain. Et me voici à 68 ans, n’ayant dans les mains que du papier ! »

15 réflexions au sujet de “« Le pire est de n’avoir pas accompli le bien qu’on pouvait »”

  1. J’y pense régulièrement au point de songer à une reconversion. A 40 ans, il est temps de donner tout ce que j’ai eu la chance d’avoir eu et ce billet sonne comme un rappel. Cependant, point besoin d’être un saint, s’occuper et aider nos proches est déjà bien ; nous sommes tellement faillibles.

    1. Je comprends très bien ce que vous dites. Je ne sais pas s’il s’agit d’aider, de se rendre utile, de suivre sa voie… Mais j’ai pour ma part cette impression d’avoir quelque chose à offrir, une qualité, que je n’ai pas encore offert. Impression qu’à 32 ans, ma vie n’a pas commencé, que ce que je fais jusqu’à présent n’est pas important et que mon heure est encore à venir… C’est ce qui tient en vie, me direz-vous !
      Cependant, je ne crois pas que cette « voie » passe forcément par une vie exceptionnelle. S’occuper des autres, faire le bien, ce n’est pas forcément partir aider les petits Africains ou vivre en ermite… Ce peut être aussi faire un boulot simple et le faire bien, en ayant conscience de ce à quoi il sert… Ou peut-être bien d’autres choses aussi.

  2. Il me semble que Léon Bloy fait tout simplement référence à la parabole biblique des talents:

    http://www.bible-notes.org/article-576-La-parabole-des-talents.html

    Or que nous dit cette parabole ? Elle nous explique que chacun d’entre nous est né avec un potentiel qu’il se doit d’exploiter. Il ne s’agit pas ici de redistribution au sens matériel du terme, comme le suppose Vlad, même si la solidarité à l’égard des plus pauvres est un acte honorable. Il ne s’agit pas non plus d’être béatement satisfait de ce que l’on est, ou de ce que l’on fait, comme nous le laisse entendre Un Œil.
    Je crois, au contraire, que cette parabole nous enseigne qu’il faut nous dépasser. Chacun d’entre nous possède un trésor, encore faut-il le faire fructifier. Ce trésor contient toutes les dispositions, les talents, les aptitudes que nous avons reçues en partage. Certains d’entre-nous ont de l‘or dans les mains, d’autres dans la tête , d’autres encore possèdent l’empathie nécessaire aux vocations spirituelles ou sociales. Mais celui qui, par peur, par paresse, ou par insouciance s’est contenté de vivre sans jamais chercher à faire quelque chose de ses talents, celui-là n’aura pas vécu. C’est pourquoi il est dit que tout lui sera retiré. On ne peut pas être et avoir été.

    Aujourd’hui, j ‘ai la quarantaine et je n ‘ai pas exploité le millième des talents que je possédais. Cela peut vous sembler ridicule, mais je me réveille tout juste d’une longue enfance dans laquelle je suis restée trop longtemps en sommeil. Je me suis enfin réveillée, disons depuis quelques années. Néanmoins, aujourd’hui, au regard du temps perdu, je suis obligée d’accélérer la cadence. J’ai changé d’orientation, j’ai repris un cycle universitaire des plus ardus et je fais enfin ce pour quoi j’étais faite. Mais combien d’années cela m’aura-t-il pris ?

    On croit toujours qu’on a le temps : le temps d’aimer, le temps de faire des enfants, le temps de se réaliser professionnellement. On croit toujours que demain est chargé de promesses. Et puis un jour on réalise que demain, c’est aujourd’hui. De trente à quarante ans le temps dure une minute. De quarante à cinquante, il dure une seconde.
    On ne dispose jamais de tout le temps dont on croit disposer…Pensez-y !
    Bon, je m’arrête là, je m’aperçois que je parle comme ma mère. Mais sans doute est-ce parce qu’elle n’avait pas tort ! 😉

    Deux choses encore :

    Au jour du Jugement, il est dit que Dieu nous posera la question suivante : « Et toi ? Qu’as-tu fait de tes talents ? ». Qui d’entre-nous aimerait s’entendre dire : « Rien ! J’ai eu peur ! J’étais lâche, indolent, je n’ai pas pris de risques ! J’aurais pu être ceci, ou cela, j’aurais pu faire ci ou ça…à part ça j’ai été gentil, j’ai pas tué, j’ai pas volé, je n’ai fait de mal à personne…ah si, à moi ! 😉 »

    Les bouddhistes ont une phrase que j’aime beaucoup et qui résume à elle seule tout ce que je viens de dire : «  Il n’y a qu’un moment où il est essentiel de s’éveiller, ce moment même »…demain n’existe pas !

  3. Pour continuer sur le bouddhisme, les bouddhistes diraient aussi que croire que nous sommes faits pour quelque chose de précis, que nous avons un destin à accomplir, que nous devons devenir quelqu’un en particulier, c’est de l’ego. Une étiquette, qui n’existe que dans notre tête. Et affublés de cette pression, du stress de passer à coté de ce « but », cette « place » que nous nous devons de prendre, beaucoup se sentent minables, inutiles, ratés, finissent par se jeter d’un pont. Une autre vision de la réalité est de se dire que nous n’avons pas de rôle, de but, de destin autre que ce que nous faisons quand nous le faisons. L’idée que la vie n’a pas encore commencé tant que je n’ai pas obtenu ci, que je n’ai pas fait ça, que je n’ai pas appris à jouer de la guitare, que je n’ai pas peint un tableau, que je n’ai pas d’enfant, ce n’est qu’une idée. Cette vision, qu’on qualifierait d’absurdiste en philosophie, c’est qu’il n’y a pas d’autre sens, pas d’autre que celui que nous décidons. Il n’y aura pas de jugement, pas de faux pas par rapport a une trajectoire hypothétique qu’on aurait DU avoir. « La vie, c’est ce qui nous arrive pendant qu’on est occupés a faire d’autres plans » disait John Lennon. En tout cas, si jugement il y a et que Dieu me demande des comptes, la tentation sera grande de lui dire « attends Dieu, et toi, tu as fait quoi de tes talents? Pouvoirs illimités et tu as vu le bordel que c’est en bas? Et puis j’ai pas laisser crucifier mon fils, MOI »

    1. Très bien, prenons alors cette citation de Gandhi :
      « Vis comme si tu devais mourir demain. Apprends comme si tu devais vivre toujours ».

      Pour ce qui a trait a l’ego, il existe en Orient comme en Occident ! C’est une notion complexe et mal comprise. Je dois filer et n’aurai pas le temps de développer. Je vous laisse donc à la lecture de cet article :

      http://nondualite.free.fr/c_ego.htm

      J’ajouterai simplement qu’il serait déraisonnable de vivre comme un cul-de-jatte quand on possède des jambes…! 😉

  4. Pour la citation de Gandhi, je ne suis pas sur de comprendre, tu l’utilises en contradiction ou en soutien de ce que j’ai dit? Parce qu’en l’occurrence, j’y adhère totalement! Faire de notre mieux pour mener ce qui nous semble être une bonne vie, mais sans pour autant frémir à l’idée de ne pas être ce pour quoi on est né, car il y a de fortes chances que ce but ne soit qu’une idée. Pour l’ego, bien sur qu’il existe en Orient comme en Occident, il existe partout ou il y a des hommes. Je parlais bien du concept bouddhiste d’ego, cette image qu’on se fabrique et sur laquelle on met l’etiquette « moi ». Cette image existe dans notre tête, pas de façon absolue, mais on s’y attache et on souffre de la voir malmenée. La souffrance du « champion » qui perd son titre. C’est drôle que tu mettes un lien tiré du site non-dualité, je pense en avoir lu la quasi totalité, m’intéressant beaucoup à la question 🙂

    Enfin, pour l’analogie du cul-de-jatte, là encore je te rejoins. Je n’ai pas dit qu’il fallait se laisser aller ou laisser consciemment perdre des talents naturels. Je dis qu’il ne faut pas vivre dans l’angoisse de passer à coté de sa vie, passer a coté du but qui nous a été fixé, passer a coté du VRAI sens de notre existence. Parce que je pense que rien de tout ça n’existe. Je pense qu’on est libres, a la suite du Père Sartre, condamnés à être libres. La vie ne commencera pas a un moment donné, elle est la, à chaque seconde. Il n’y a de vie ratée ou réussie que par rapport à nos propres standards. Celui qui se rêve grand chef d’entreprise, champion sportif, celui qui est convaincu que son but dans la vie est d’être président, celui-la aura de fortes chances de considérer qu’il a raté sa vie. Celui qui se contente de vivre, en faisant de son mieux pour être heureux avec les outils qu’il a et faire souffrir les autres le moins possible, celui-la aura plus de chance de savourer l’existence.

    1. J’aime bien votre esprit de contradiction, votre insolence aussi ! 😉
      C’est ainsi qu’on nourrit une discussion et qu’on avance.
      Mais la quadra a eu énormément de boulot aujourd’hui, elle en aura encore plus dans les semaines qui viennent, alors mémé va se coucher avec un bon roman et sans demander son reste !

      Au plaisir !

  5. @Nathalie : merci de votre lecture et de votre témoignage. C’est en effet sous le sens de cette parabole que je comprenais Léon Bloy. Mon commentaire précédent ne voulait pas parler de « se satisfaire de ce que l’on est », mais plutôt de faire preuve de talent à l’endroit où l’on est, sans attendre le moment ou la situation rêvée. Puis-je vous demander, si ce n’est pas indiscret, quelle était votre vie jusqu’alors et vers quoi vous vous êtes réorientée ?

  6. @Patrick : « si Dieu me demande des comptes, la tentation sera grande de lui dire « attends Dieu, et toi, tu as fait quoi de tes talents? Pouvoirs illimités et tu as vu le bordel que c’est en bas?… » => Toi, tu te feras sortir avec un divin coup de pied au cul ! 🙂
    Plus sérieusement, je trouve que ta façon de voir néglige un peu le fait que chacun a des qualités ou des dons différents. Peut-on pour autant en déduire qu’on est « né pour » ou « fait pour » quelque chose ? Peut-être pas au sens où on aurait une lettre de mission marquée du sceau de Dieu qu’il nous faudrait accomplir. Mais d’une certaine manière, c’est notre « destin », notre défi personnel de nous accomplir dans ce domaine. Sans quoi, je pense que c’est quand même quelque chose qu’on a sur la conscience de toute façon. (je suis pas très clair, désolé, il est trop tôt !)

  7. Et que penser alors des paroles de l’Ecclésiaste: « vanitas vanitatum omnia vanitas » ?

    Pour l’instant, je me suffis de ce qu’a écrit Lawrence Durrell: « …pour tous ceux qui sentent profondément et qui ont conscience de l’inextricable labyrinthe de la pensée humaine il n’y a qu’une seule réponse possible : une tendresse ironique, et le silence. »

  8. Prozac mystico philosophique
    Déni du Viagra de l’égo
    Blabla
    Chacun sa came
    Calcul
    Surtout pas de mesures. Sûreté. Masure de sa lâcheté.
    Comptabilité en somme. Espoir de compatibilité.
    Illusion suprême du jeu avec son âââme…
    La jolie petite vertu bien modeste. grimaçante. insignifiante.
    Comparaison des cons, touffes de connerie, ronronnements…
    Qui sera le plus tendre?

    Ne surtout pas fermer sa gueule.
    Laisser échapper la pression.
    Faire du sporc.

    _

    Silence blanc
    Cesser le clavier et le griffonnage.
    Silence encore.

    Rêve Action Épée Vie Souffle

    Victoire ou défaite.
    Mort?
    Impossible, puisqu’il y a Vie.

    Le sang doit reprendre ses droits sur la BAVE, sur la crasse et le pus, sur le sperme aromatisé et la douce cyprine empoisonnée.

    Yahvé, Allah, Goldorak, donnez-moi la force de broyer sans pitié les rats que je vais croiser dans l’accomplissement de ma mission.
    Mon Dieu, donne moi la force de finir en chien de l’Enfer, dévorant la chair pourrie de sous-hommes auxquels je ressemble tant.

    Il n’y a plus de mystères.
    Il n’y en a jamais eu.
    Nos vies ne servent à rien.
    Il n’y a rien à gâcher.

    Parce que les petits nègres crèvent comme des mouches.
    Parce que la neige est pure
    Parce que l’herbe est verte
    Parce que les fleurs sont si belles.

    Parce qu’une vie à « savourer » jour après jour les morceaux et le jus de la gerbe infecte qui remonte continuellement n’est pas une vie.

    Guerre
    Paix
    Vraie Guerre. Vraie Paix.

    Paix
    Guerre
    Fausse Paix. Vraies guerres. Fausse vie. Fausses paroles à l’infini.
    Poil au zizi.

    2012, 33 ans, le bon âge pour déterrer ma hache.

    Absence de latin ici aussi
    manque
    trop tard
    Nintendo

    Faire des vents du tragique hummous humain
    Chier par la bouche
    Mauvaise alêne.

    Au commencement était le cri.

  9. JOOOLIIIII
    ça fait du bien
    de sentir des lâchages de haches
    qui se libèrent
    enfin!!
    quelques mots degobillés
    et me voilà raisonnée
    a dire et à écrire
    que la vie n’as pas de règles
    que tout es différent en fonction de la perception
    que l’on à
    tête de rat
    merci ,merci pour cette libération
    OUF!
    je respire de te lire

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