La pensée conséquente

Si l’on s’en tenait à ce que pensent les gens, une grande partie des maux du monde serait réglée. Car les gens pensent globalement juste. Mais cela ne mène à rien puisque cette pensée est tout à fait inconséquente : non seulement on n’accomplit pas ce que l’on pense, mais on accomplit parfois l’inverse.

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Ainsi, tout le monde est d’accord pour penser du mal de la télévision (a-t-on jamais croisé une personne qui s’en fasse l’avocat inconditionnel ?), tout le monde s’entend à la calomnier mais chacun la regarde – avec une distance critique s’il le faut – et la télé et toute l’horreur qui s’y rattache continuent d’exister.

Tout le monde s’entend à déplorer le mannequinat, la sexualisation de la publicité, de la consommation, le tort que cela fait à l’image de la femme… Tout le monde pense ça mais lorsque cette « dégradation de la femme » s’incarne, lorsqu’elle se matérialise sur le trottoir d’en face sous l’apparence d’une femme obscène et bariolée, alors là n’allez surtout pas juger ! On défendra son droit le plus strict à faire ainsi. Battez-vous contre des moulins à vent (« la mode », « les marques » ou « la société marchande »…) mais pour rien au monde ne portez atteinte à la liberté de chacun de faire exactement ce qu’il veut. Moralisez « l’entreprise », « la société », « le capitalisme » si vous voulez, mais pas les hommes et les femmes que nous sommes.

C’est avec cette même inconséquence que, si vous tendez l’oreille, tout le monde se dit prêt à « changer de système ». La ménagère vote Mélenchon, le JT de TF1 répète qu’il serait bon de purger le capitalisme de ses excès, et chacun finit par reconnaître que le modèle de consommation, de production, de gaspillage outranciers… doit être mis en question. Mais ces mêmes qui se prononcent pour une certaine forme de croissance nulle, in the other hand, n’imaginent pas devoir renoncer pour cela à leur modèle de Progrès : ils sont ok pour réduire les profits, la croissance, le gaspillage, ils sont ok mais à condition de maintenir toutes les autres choses égales par ailleurs ! Hormis quelques exceptions qui seront allés au bout de leur réflexion et se seront sans doute faits berger dans le Tarn, tous ces gens de bonne volonté qui ne demandent pas mieux de… ne réalisent pas ce que cela implique vraiment, au-delà de la formule.

Limiter la croissance, ce serait aussi limiter l’idéologie du Progrès. Accepter de revenir à une société stationnaire, où l’on apprécie de s’ennuyer, de stagner, où l’on ne progresse pas, ni dans son emploi, ni dans son salaire, ni dans son statut. Pas d’ascension, pas d’acquisitions, moins de confort, moins de santé, moins de science, moins de spectacle et de fanfreluche. Plus de travail. Qui est partant ? Qui vote pour ? Qui saurait trouver là son bonheur ? Certainement pas la masse.

Qui attend de la vie une moisson de bonheur et de bien-être n’aura qu’à prendre un autre chemin que celui de la culture supérieure. – Friedrich Nietzsche

4 réflexions au sujet de « La pensée conséquente »

  1. Certainement pas la masse. D’autant que cette dernière est hétérogène quant à sa capacité à changer ses habitudes de vie.
    De même qu’un couple se créé au gré d’innombrables facteurs mais aussi et surtout parce qu’à cet instant précis ils étaient en phase, cette masse d’individu n’est pas en phase chronologiquement.
    Nous pouvons voir à quel point nous nous adaptons à l’environnement, il en va de même de notre réflexion et de ce qu’on appelle communément maturité, Notre manière d’appréhender la vie est intiment liée à nos expériences passées.
    Je rajouterai qu’il est étonnant à quel point notre santé influe sur notre réflexion et notre empathie. Si cette masse d’individus était moins dans l’opulence et à sa moyenne d’âge plus élevée, donc à la santé plus faible, il est fort à parier que sa majorité serait prête à accepter des changements allant de le sens de la charité envers autrui, le sacrifice, le don de soi etc.
    Les pensées suivraient donc les actes et l’inconséquence serait alors un élément accidentel.
    Personnellement, lors d’un épisode difficile de ma vie, encore récent, je me suis juré de ne pas oublier les changements opérés en mon fort intérieur : ma fragilité entraînait une réflexion intérieure assez éloignée des tumultes superficiels du monde. En d’autres termes, où va-t-on, quel bilan personnel dresser de sa vie, que faire pour s’améliorer… Des pensées assez chrétiennes en somme, je ne le nie pas.
    Et bien, l’épisode difficile en passe d’être derrière moi, je me fais fort de tenter de rester tel que j’étais alors que j’étais en fragilité. Ne pas me reperdre. J’ai donc décidé de ne pas changer de statut, de ne pas avancer professionnellement, de refuser spectacles et fanfreluches. Je peux me le permettre, j’ai de quoi me loger me vêtir et m’occuper de mon enfant. Je sens que j’y trouverai alors le bonheur. Mais cet équilibre intérieur recherché est comme je l’avais indiqué plus haut lié à mes expériences passées : A 20 ans je n’aurais jamais eu ces réflexions.

  2. Bon thème, et bon commentaire.
    Cependant, je ne suivrai pas l’auteur dans son sous-entendu : si les gens étaient vraiment conséquents, les choses changeraient vraiment. Cela est tout simplement impossible car « les gens » n’ont jamais changé, à n’importe quelle époque de l’histoire. Croire cela serait du pur idéalisme. Les systèmes changent, les conditions d’existence des systèmes se modifient, et c’est déjà pas mal.
    Des facteurs du changement ? la mort, bien sûr. L’effondrement, aussi. Nous avons donc le choix, restons optimistes.

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