Une réflexion au sujet de « « Le genre insolite » »

  1. Je demeure indécrottablement réfractaire à ce type de déclaration assertive dont le « nous » englobant ressemble à une prise d’otage, plus qu’à une prise de position volontaire et consciente ! Le ton déclaratoire utilisé par Debord – pâle copie de l’incipit du Variété I de Valery *- contribue, ici, à développer l’illusion que le changement pourrait résulter de l’initiative d’un groupe (et d’un seul !) pour autant qu’il ait le bon programme…
    Or ce programme quel est-il ? Le sien ? Le nôtre ? Toujours pas le mien, en tout cas !
    D’aucuns ont pu juger les déclarations de Debord comme prophétiques, comme entrant encore, aujourd‘hui, en résonance avec notre modernité. Le problème, avec Debord, c’est, qu’à ce jour, je n’ai pu appréhender la moindre explication, un peu limpide, d’une pensée que chacun réinterprète à sa sauce, au gré de ses idéologies ou de ses intentions politiques.

    Ce qui, par ailleurs, me hérisse, dans toute praxis du dépassement de l’art, ce n’est pas tant son rapport au politique (inéluctable) que l’éventuelle récupération idéologique à l’œuvre, derrière les meilleures intentions, dont chacun sait que l’enfer est pavé. Or, les relents marxistes du situationnisme obèrent toute tentative un peu honnête d’accréditer des propos qui, même décontextualisés (ici, sur ce blog), n’en sous-tendent pas moins une « Esthétique », que je ne peux feindre d’ignorer.

    Celant étant posé,je pourrais occulter les attaques implicites, émises par Debord, à l’égard du dadaïsme ou du surréalisme. D’autant que je ne suis pas particulièrement férue de l’un ou l’autre de ces mouvements. Mais que resterait-il de sa pensée, hormis les reliquats d’une critique rebattue de l’Art pour l’Art, ou de l’art comme marchandisation ? La belle affaire…! J’ai le sentiment qu’on nous ressert l’argument depuis que le monde est monde, sans que cela empêche Boticelli de « Médiciser », ni Cézanne de se resservir de la compote.

    Cela, pour en arriver à ceci : Je me suis rendue, il y a peu, à l’exposition Braque du Grand Palais. Si j’ai été sensible à ce type de production qui, de prime abord, ne me parlait pas (je trouve Braque particulièrement austère) c’est que, justement, il s’agit d’une aventure intérieure. Et si Braque réforme notre vision du monde, s’il est particulièrement ancré dans le réalité des choses (plus que le Bauhaus ne le sera jamais) c’est qu’il a plus à cœur de se réformer lui-même que de révolutionner le monde qui l’entoure. Il déstructure, il abstrait, il explose les obliques et les diagonales, il recompose, il emprunte, il fait des propositions mais jamais il n’impose…et c’est pour cela qu’il s’impose. Partant de là, je ne peux m’empêcher de penser qu’un homme (ou une femme) qui, sans mot d’ordre, sans diktat, sans béret et sans bonnet rouge, et surtout sans le vouloir, a su nous rendre meilleurs, plus intelligents, plus ouverts, plus tolérants ou plus lumineux, à son seul contact, celui-là a véritablement opéré, sur ses congénères, une révolution.

    * « Nous autres civilisations savons désormais que nous sommes mortelles »

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