Oratores

Lorsque l’on est jeune et que l’on forge ses opinions, on tient à tout prix à éviter d’être contradictoire. On aplanit, on arrondit, on est à la recherche de la pensée qui supplante tout, du système philosophique total ; il nous faut un puzzle, et que toutes les pièces entrent dedans.

Puis la vie nous apprend qu’il n’y a pas de schéma qui puisse cerner la vérité à lui seul. Elle nous apprend même que le schéma est ce qui fait mourir, par nature l’opposé du vivant. La vérité et la vie, elles, sont fuyantes : aucune théorie ne peut les regarder en face et les dévisager entièrement.

plusieurs visages

Alors on perd ce complexe d’être contradictoire. On perd le goût de la démonstration, de la rhétorique vaine et définitive. On s’autorise à combiner plusieurs visions, plusieurs points de vue, tour à tour, quitte à ce qu’ils s’annulent partiellement ou totalement. On est plus joueur, plus léger, plus infidèle, amateur de curiosités et de fantaisies. De plus en plus disposé à laisser l’esthétique l’emporter sur la raison.

Et, évidemment, il n’est plus vraiment possible de supporter la discussion avec ce jeune homme et ses absolus, ce jeune homme et son foutras argumentaire, qui trimballe sous son bras son jeu de construction mentale en « grand A / grand B / conclusion ».

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s