Les web’s worst pages

Edwood & la Web’s Worst Page font partie de mes toutes premières heures perdues sur le web, à lire des bêtises, à lire un vivant, anonyme, sans visage, pendant les soirs et les nuits. Premières heures perdues sur le web à ressentir ce qui pourrait s’apparenter à une fraternité d’esprit, l’impression d’une familiarité, avec un inconnu d’autant plus familier qu’il n’a pas les moyens de nous détromper, ni nous de le contredire.

C’était après tout le charme de ce premier âge du net : la non-réciprocité de la communication. Un point zéro. Seul face à l’écran. On tombait chez quelqu’un, on le lisait à son insu. On partait, ou bien on revenait. Régulièrement. Les web’s worst pages, ces ancêtres des blogs, chez qui on revenait ; pas parce qu’on avait reçu une notification, un tweet ou un e-mail, mais parce qu’on y repensait, parce qu’on n’était pas venus depuis longtemps, voir s’il y avait du nouveau.

C’est un silence et une expérience qu’on ne connaît évidemment plus à l’heure des blogs et des réseaux sociaux, où chacun a son profil et son nom, où directement on accède aux coulisses, on a la possibilité d’invectiver l’auteur, de le tutoyer, de le sommer de préciser ce qu’il a voulu dire…  Non que l’interactivité et la réciprocité n’aient pas leurs qualités, mais ce silence de la web’s worst page, la lecture de pages anonymes et « statiques », était quelque chose, une expérience encore différente de celle qui consiste à lire un livre. Ce sont ces pages qui m’ont initialement donné envie d’écrire, de bloguer, plus que ce que l’expression sur internet représente aujourd’hui.

Pourquoi je vous parle de ça ? Parce que je suis retourné pour la première fois depuis très longtemps sur la web’s worst page et que j’ai touché de nouveau du doigt ce plaisir particulier et caduque. Parce que son dernier article où il dit qu’il ne parlera plus semble évoquer un peu tout ça. Parce que c’est tellement associé à mes premières navigations que j’ai l’impression que tout internaute sait nécessairement de quoi je parleParce que pour une fois, j’avais envie de faire du hors-sujet, de digresser, de jouer à Edwood vous parle

4 réflexions au sujet de « Les web’s worst pages »

  1. Grosse bouffée de nostalgie de vieux con en lisant ceci. Il y avait aussi la Maison Page, Ophélia, Exocet, Grosse Fatigue… Peut être que d’autres pages comme celles-ci existent toujours, mais elles sont effectivement devenues inaudibles derrière le piaillement des réseaux sociaux… auquel je participe, et je ne fais plus l’effort de les chercher…

  2. Il s’agissait peut-être de vrais auteurs, qui ont vu plus rapidement l’intérêt du net, et n’ont pas cherché une communication frénétique et immédiate, mais ont préféré cultiver anonymement leur texte, sans cesse peaufiné, et conçu leur écriture comme une bouteille à la mer, avec un grand décalage entre le temps d’écriture, et le temps de lecture et de réaction. Une renonciation à l’immédiateté, en faveur de plus de profondeur et d’abnégation.

    1. Il y a en tout cas la sensation de « lieu » quand on les lit : on « va chez eux » pour les lire tout comme on va dans tel café (ou tel bordel !) : alors que dans un blog on ne prête attention qu’au contenu (la forme, préfabriquée, est celle standard de la plateforme de blog qui héberge), ces pages personnelles sont faites « maison », la mise en page, aussi sommaire soit-elle, confère une unicité et une importance à l’ensemble. On « va » chez eux et ce ne sont pas eux qui viennent à nous à travers les RSS, abonnements, flux sociaux… Voilà la différence de caractère.

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