Précipité d’écriture

« Les Mille et Une Nuits décrivent les intrigues d’une méchante femme que l’on noie finalement dans le Nil. Le cadavre est rejeté par les flots sur le rivage d’Alexandrie, où il provoque une épidémie. Cinquante mille personnes en périssent. »

noyée sorcière

Formidable histoire condensée, trouvée dans le journal d’Ernst Jünger, à la fois expéditive et essentielle, qui livre l’histoire sous la forme des trois phrases qu’aurait jetées un romancier sur son carnet la première fois où il eut l’idée de son livre.

Le récit de cette « femme méchante » pourrait donner matière à un splendide roman ; mais il pourrait aussi tout à fait rester sous la forme de ces trois phrases, pleines de force. Il n’y perdrait rien, bien au contraire. Le roman qui en serait issu, quelle que soit sa qualité, ne dirait rien de plus, en substance, que ces 4 lignes. Peut-être les amoindrirait-il à les noyer dans un ouvrage de 100 pages.

C’est pour cette raison que je serai sans doute à jamais incapable, personnellement, d’écrire tout un roman. La forme concentrée et précipitée me suffit, en fin de compte. L’écriture du roman elle-même finit toujours par me sembler une tannée, un travail de dilution de cette substance dramatique pour l’étendre sur tout un livre.

Je peux avoir ce même sentiment lorsque je passe devant le rayon « sociologie » de certains libraires : au survol d’un titre ou d’une couverture, on tombe souvent sur des essais qui certes ont trouvé là leur bonne petite idée, un concept bien vu, mais qu’un auteur honnête aurait pu traiter en une quinzaine de pages pour faire le tour définitif de la question. L’universitaire, lui, a tiré en longueur pour que cela ressemble à un livre. Je n’ai jamais aimé les grenadines trop claires.

5 réflexions au sujet de « Précipité d’écriture »

  1. tiens, justement en parlant des mille et une nuits, sur le site mil et une que je coanime, (cette semaine le sujet est le portait de Hugo par Nadar ), je résume Notre Dame de Paris et les Misérables en format twitter (http://miletune.over-blog.com/2015/05/autres-temps-autres-moeurs-emma.html) à moi aussi l’idée d’écrire un roman est irréelle- c’est un peu se regarder le nombril, un roman, admirez comme j’écris bien ! délayer ou ajouter des paysages et des digressions la plupart du temps inutiles à la trame m’insupporte, quand je lis un roman, j’ai souvent envie de dire « au fait, au fait » parce que c’est le contenu, l’idée , le message, le fait qui m’intéressent (peut être que nous avons l’esprit sec) quant à toi qui es jeune tu devrais adopter le format nouvelle longue très en vogue aux US (je crois que la dernière Nobel pratique ça )- c’est percutant et peut tout à fait être adapté au cinéma

  2. je me suis souvent dit cela de la sociologie, que certains avaient exploité une seule idée, en la déclinant de livre en livre, ce qui n’est peut-être au fond qu’une fulgurance de bistrot.

  3. Ah oui, mais si vous vous attaquez aux sociologues, et en plus aux sociologues français qu’on trouve dans les librairies françaises, c’est comme tirer une vache dans un couloir…

    Moi, ce qui me la coupe, c’est à quel point les livres de sociologues, en France, et plus généralement tout ce qui est essais, histoire, économie, sciences molles, se contentent d’un travail de cochon.

    Les livres, et je parle de ceux dits « sérieux », écrits par des « universitaires », sont de plus en plus courts, écrits gros, salopés à la va-vite, appuyés sur des sources de deuxième ou troisième main (voire pas de sources du tout, l’intuition géniale de l’intellectuel renvoyant les exigences scientifiques au rang de vieilleries), et ne parlons pas de notes, d’une bibliographie ou d’un index.

    Il y a des exceptions, naturellement, mais dans les secteurs auxquels je m’intéresse actuellement, les livres dont on peut dire : voilà un ouvrage de référence, un travail qui fera date, viennent pour la plupart de l’Anglo-Saxonie, pays mythique mais cependant honni.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s