L’heure des comptes

Parfois, on se retourne et il s’est passé 10 ans. Tout ce temps nous étions assis sur une branche, et nous avions distraitement cessé de compter les printemps. Parfois, il s’est passé 10 ans et nous nous réveillons comme d’une sieste enfiévrée, repères temporels brouillés, pas certain du moment de la journée ou de la vie où l’on se trouve. Parfois, on réalise qu’on a 36 ans et qu’on n’a jamais pris la peine de répondre à cette question simple : ce que l’on veut faire quand on sera grand.

Question à laquelle nous n’avons jamais su répondre, pas plus hier qu’aujourd’hui. Question à laquelle nous n’avons jamais vraiment cru qu’une réponse ferme et permanente pouvait être apportée, à vrai dire.

rivière

Nous nous sommes laissé porter par les choses, jusqu’à ce que des branches ou des algues veuillent bien nous retenir. Nous avons voyagé ainsi – si tant est qu’on puisse parler de voyage – pensant que la question se résoudrait d’elle-même, qu’elle finirait par devenir désuète.

Mais l’on se retourne 10 ans après et la question est là où on l’avait quittée des yeux. Avec elle, cette phrase : « Le pire mal est de n’avoir pas accompli le bien qu’on pouvait ».

Qu’as-tu fait de tes talents ? Non pas de ton talent solitaire, mais de ton talent pour les autres ? Qu’as-tu offert, qu’as-tu donné de toi ? Qui ton travail et ton existence ont-ils soulagé ou rendu heureux ? Ce qui nous manque, c’est de ne pas trouver l’adéquation entre nous et le monde ; entre ce dont on est capable et ce dont les autres auraient besoin. Ce qui nous manque, c’est la pugnacité en tout. La force nerveuse pour mener une résolution à bout.

Voilà qu’il est bien tard pour embrasser ces tracas, mais le temps qu’il reste devant soi est malgré tout trop long pour ne pas s’en effrayer. On pourrait botter encore un peu en touche, repousser la question dix, vingt ans devant, histoire d’y revenir une fois seulement qu’il est trop tard, que le remords n’ait plus autre chose à faire que de devenir regret. Puis on attendrait la mort. L’heure des comptes, quant à elle, serait relativement vite expédiée.

Crise de la quarantaine ? Voilà une chose au moins pour laquelle nous aurons été précoce.

5 réflexions au sujet de « L’heure des comptes »

      1. J’ai fait quelques tentatives de combiner textes et images ces derniers temps. C’est peut être une voie que je vais creuser… En tout cas merci de ce petit commentaire.

    1. Merci Annick, je le remets ici :
      « Il y a un moment pour tout et un temps pour toute activité sous le ciel : un temps pour naître et un temps pour mourir, un temps pour planter et un temps pour arracher ce qui a été planté, un temps pour tuer et un temps pour guérir, un temps pour démolir et un temps pour construire, un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour se lamenter et un temps pour danser, un temps pour lancer des pierres et un temps pour en ramasser, un temps pour embrasser et un temps pour s’éloigner des embrassades, un temps pour chercher et un temps pour perdre, un temps pour garder et un temps pour jeter, un temps pour déchirer et un temps pour coudre, un temps pour se taire et un temps pour parler, un temps pour aimer et un temps pour détester, un temps pour la guerre et un temps pour la paix. Mais quel avantage celui qui agit retire-t-il de la peine qu’il se donne ? J’ai vu quelle occupation Dieu réserve aux humains. Il fait toute chose belle au moment voulu. Il a même mis dans leur coeur la pensée de l’éternité, même si l’homme ne peut pas comprendre l’oeuvre que Dieu accomplit du début à la fin. J’ai reconnu que leur seul bonheur consiste à se réjouir et à bien agir pendant leur vie, et que, si un homme mange, boit et prend du plaisir dans tout son travail, c’est un cadeau de Dieu. J’ai reconnu que tout ce que Dieu fait durera toujours, sans qu’on puisse ajouter ou enlever quoi que ce soit, et que Dieu agit de cette manière afin qu’on éprouve de la crainte devant lui. Ce qui existe a déjà existé, tout comme ce qui existera, et Dieu ramène ce qui est passé. »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s