Nourriture d’évadés

Largo Winch 4

Rien n’est plus triste que le spectacle suivant : un contrôleur de gestion ou un auditeur, le lundi matin dans le métro, qui cherche à différer la reprise imminente du travail en s’absorbant dans la lecture d’une BD de Largo Winch

Largo Winch, XIII, leur dessin dépourvu de personnalité… trouvent leur équivalent cinématographique dans des choses comme StarWars ou Le Seigneur des Anneaux. Pour les personnes à faible imaginaire, ce sont là des fenêtres de fiction qui présentent l’avantage d’être facilement visibles en tête de gondole ou en tête d’affiche, et qui proposent une folie tout à fait convenable et balisée.

Imagerie standard, l’avenir de l’univers comme ressort du drame… Une pincée de violence et de sexe pour le cerveau reptilien, et vous obtenez là un véritable substitut de repas, facile à digérer et qui aide à mincir, pour les personnes trop occupées.

episode_3_general_grievous_lightsabers« Quatre à la fois… T’imagine le truc complètement dingue !« 

Si l’on a l’habitude de décrire la fiction comme une passerelle d’évasion vers d’autres mondes, ce type de fantaisies me ferait plutôt penser à une opération de transvasement du cerveau d’une cage à une autre, le temps qu’on change sa litière.

Pour être totalement juste, il faut sans doute reconnaître à ces univers sécurisés le mérite de polariser l’attention des masses sur des productions qui, au moins, respectent les normes de conformité industrielle et environnementale, évitant de ce fait aux brebis de s’égarer vers des aliments moins inoffensifs, voire impropres à la consommation.

13 réflexions au sujet de “Nourriture d’évadés”

  1. Heu c’est un peu gratuit et vraiment réducteur là, non ?
    Sur Star Wars , Le Seigneur des Anneaux & co, tu devrais peut-être lire Le héros aux mille et un visages de Joseph Campbell et ses histoires de mono-mythe, voir la vulgarisation spécial ciné de Christopher Vogler, pour te convaincre que cette histoire structurée comme une tragédie grecque qu’on nous ressasse sans cesses vient de très profond dans le bois sacré..
    Il est un poil trop tard pour ce genre d’articles, la culture pop a gagné ses lettres de noblesses.
    http://popenstock.ca/page/présentation

  2. Culture pop » et « noblesse », oxymores. La « culture pop » c’est précisément ce tas de vers qui naissent sur le cadavre de la noblesse passée. Ce que vous voyez comme un triomphe veut simplement dire que le cadavre a été entièrement consommé et que les vermisseaux se repaissent d’eux-même (démocratie « pop »), mais le vers ne peut jamais devenir un corps noble.
    Sous la noblesse il y avait la culture populaire (et non pas symptomatiquement « pop » english n’est-ce pas) régionale, troubadour, comedia del’arte… elle était populaire, mais sous le conditionnement de l’environnement noble, elle s’efforçait elle-même à l’excellence, ce qui donnait une culture populaire digne, honorable et de très très bon niveau.
    Quant à la gratuité de l’article, qui n’est pas le mien, il serait bon de préciser ce qui n’est pas gratuit. Est-ce que votre commentaire est moins gratuit, ou peut-être la gratuité d’une critique ne vous incommode que si elle heurte vos goûts de consommation culturelle ?

  3. Alors, je me suis peut-être mal exprimé.. Pour le « gratuit », c’était à prendre dans le sens d’un type qui en vanne un autre un chouilla trop méchamment, comme ça, sans raisons apparentes ni explications, gratuitement..
    Pour la métaphore entre la « culture pop » et le cycle de la vie, c’était mieux avant et tout, heu oui mais non. En tout cas je ne pense vraiment pas qu’il y ai une culture noble et une autre en dessous avec moins de valeurs, mais oui tu as raison quand tu dis que « les vermisseaux se repaissent d’eux-même » il y a des petits bouts de cultures qui se mélangent partout partout et j’ai parlé de Joseph Campbell parce qu’il a très bien réussi à dévoiler les archétypes qui émergent sans cesses du creuset (ah et aussi parce que beaucoup de scénaristes à Hollywood se servent de la structure narrative qu’il a théorisé – en analysant les mythes d’à peu près toutes les civilisations connues – pour écrire leurs histoires, SW et LOTR compris).
    C’est juste ce que je voulais souligner, que même le plus carré des blockbusters peut avoir beaucoup d’intérêt ne serait-ce que pour ce qu’il dit de la société et/ou de l’époque qui l’a crée et célébré, le mec dans le métro avec son Largo Winch est peut-être en train de vivre une expérience formidable.
    (Et promis, cet article ne m’a heurté en rien (j’n’ai fais que proposer une vision que j’aimerais bien un peu plus nuancée) et ça n’a rien avoir avec mes goûts !)
    Ce que je raconte n’engage bien entendu que moi,
    Bisous.

  4. Pour ma part, ce n’est pas à l’intégralité de la « culture pop » que je m’en prends, mais plutôt à l’aspect massif et facile des œuvres citées. Si on regarde leur résultat, elles font avant tout « rêver » l’ingénieur informaticien pendant ses plages de temps libre.

  5. Oh non pas le cliché de l’ingénieur informaticien nolife/geek/otaku/nerd/puceau.. ! Je croyais qu’il n’existait plus que dans les médias massif et facile comme la télévision.
    Aha pardon je suis chiant, mais j’ai le droit je crois, l’article est un peu fais pour provoquer non ? ^^
    C’est quoi le problème avec « rêver » ?

    1. Nolife ou nerd non, mais plutôt « limbique gauche », disons. Je constate que ce genre de films ou BDs parlent souvent à des gens un peu carrés, qui ne sont pas caractérisés par une fantaisie naturelle ou une habileté à rêver ou créer.
      Au passage, les œuvres dont nous parlons ici relèvent moins selon moi d’une culture « populaire » que d’une culture de masse. Elles n’ouvrent pas des mondes inédits mais bercent dans un imaginaire conventionnel et bien codé. On y trouve ce qu’on était venu chercher.
      En admettant que ces trucs ne sont simplement pas ma tasse de thé, ne peut-on pas également convenir qu’il y a une légère disproportion entre la réputation « géniale » qu’on fait par exemple à un StarWars, et sa teneur effective en pur génie ? Que ce soit « génial » de voir revivre à l’écran des personnages de son enfance, ou de baigner dans un phénomène, c’est une chose. A ne pas confondre avec un film cinématographiquement génial.

      1. Dire que Star Wars n’ouvre pas de monde inédit, c’est peut-être oublier qu’à l’époque de la sortie du premier volet (qui se trouve donc désormais être le quatrième par le truchement des prequels), rien de tel n’avait jamais été fait au cinéma, ne serait-ce que d’un point de vue technologique.
        Par ailleurs, je pense que l’aspect « génial » de la chose s’observe aussi dans la construction de toute pièce d’un univers qui peut tout à fait ne pas plaire, mais n’en demeure pas moins intéressant, avec notamment une véritable vision politique (du rôle de l’Etat, de la légitimité de la rébellion, etc.).
        Pour le Seigneur des Anneaux, c’est un peu différent, car il s’agit d’abord de littérature, et non de cinéma. Et en termes de littérature, là encore, difficile de dire que cela n’ouvre pas de monde inédit tant l’univers de Tolkien (qui dépasse de loin cette seule trilogie) est fouillé, construit, pensé, bien plus loin que beaucoup d’autres.

      2. Vous avez raison Margaux. Aussi faudrait-il distinguer la création de ces mondes (le roman de Tolkien, la 1ère trilogie StarWars…) et leur exploitation ad nauseam aujourd’hui, qui pour le coup n’a pour vocation que de ramener les fans à cet univers clos qu’ils connaissent déjà. Les plus fanatiques se font d’ailleurs un malin plaisir à relever les incohérences : pourquoi tel personnage ne devrait pas faire ceci, pourquoi tel monde n’est pas conforme à l’esprit… Il s’agit bien de « s’évader » dans un univers qu’on croit déjà parfaitement connaître, mieux que le scénariste en charge du énième prequel/séquelle.

  6. Le truc avec Star Wars, c’est qu’il dépasse complètement du cadre d’objet cinématographe, en tout cas je n’arrive pas à le penser comme tel, ça déborde dans tous les sens. C’est un des univers imaginaires les plus vastes, vivants et foisonnants de toute l’histoire de l’humanité, rien que ça ! (Et ce grâce à ses fans, hop : http://popenstock.ca/podcast/les-canons-de-star-wars-trek )
    Et si des gens se contentent d’aller y chercher leurs doses d’émotions faciles, eh bien.. oui !
    Après si c’est de ça que tu veux parler, j’admets volontiers que la campagne publicitaire pour le prochain film est toute putassière comme il faut.

  7. C’est assez drôle, j’suis arrivé ici suite au billet « Mépris de classe », petite ballade, et pan, comment appelle-t-on ça, du mépris culturel ?

    Je n’ai même pas d’affinité particulière pour les œuvres citées, hormis celle écrite de Tolkien que j’ai lu jeune, mais « rien n’est plus triste » – pour reprendre la formule – que lire ce genre de discours sur des ingénieurs informaticiens à l’esprit étriqué et dont l’imaginaire pauvre leur permet de rêver à peu de frais.

    Je n’en ai pas fait mon métier, mais je crois pouvoir affirmer sereinement qu’écrire du code (par exemple) demande plus de créativité que vous ne semblez le penser, et que beaucoup s’y retrouvent justement parce qu’ils y voient un moyen d’expression.

    Enfin, je vais avorter l’envolée lyrique contre les clichés, mais occasionnellement essayer de penser contre soi et avec l’autre plutôt que s’élever au dessus de la masse vulgaire peut être rafraîchissant.

      1. Oh la mauvaise foi !
        Quand Kidday dit « essayer de penser contre soi et avec l’autre plutôt que s’élever au dessus de la masse vulgaire peut être rafraîchissant. », je ne crois pas que ça exclu intrinsèquement le contrôleur de gestion et/ou l’auditeur aha, enfin ça serait drôle mais bon, non.
        Franchement je trouve ton raccourci « tel métier = type/profil de consommation culturelle plus ou moins valable » vraiment moche et sans aucun intérêt.

  8. Un Oeil : « Vous avez raison Margaux. Aussi faudrait-il distinguer la création de ces mondes (le roman de Tolkien, la 1ère trilogie StarWars…) et leur exploitation ad nauseam aujourd’hui, qui pour le coup n’a pour vocation que de ramener les fans à cet univers clos qu’ils connaissent déjà. Les plus fanatiques se font d’ailleurs un malin plaisir à relever les incohérences : pourquoi tel personnage ne devrait pas faire ceci, pourquoi tel monde n’est pas conforme à l’esprit… Il s’agit bien de « s’évader » dans un univers qu’on croit déjà parfaitement connaître, mieux que le scénariste en charge du énième prequel/séquelle. »
    (Désolé pour la citation, le bouton répondre à disparu sous ce post.)

    Tu brandis « s’évader » comme si c’était un gros mot, comme si ce n’était qu’une fuite stérile de la réalité.. Alors que dans la description que tu donnes des « plus fanatiques » je vois quelqu’un qui s’est réapproprié un univers et qui tend à partager sa sauce, donc à s’investir dans des communautés bien réel..
    En fait, quand j’écoute un passionné parler, que ce soit de n’importe quel sujet, je trouve ça intéressant.
    Les « exploitations ad nauseam » d’une franchise c’est un autre problème, mais ça peut amener des choses très intéressantes, tiens Batman par exemple : c’est une création littéraire assez unique en son genre, des centaines d’auteurs sont passé dessus pour en faire ce qu’il est aujourd’hui, une œuvre vivante à la mythologie étoffée et impressionnante, en plus de venir de très loin (c’est pas pour rien que le film à la sortie duquel les Wayne se font assassiner est Zoro.. qui a lui-même quelques ancêtres direct assez important (mais là je ne me rappel plus, désolé)). Batman en devient presque une sorte d’archétype.
    Si on prend un autre exemple d’une de œuvres les plus adaptées dans l’histoire du cinéma, L’Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde. Tu préfères une adaptation PARFAITE du roman original ou PLEINS d’adaptations qui partent dans tous les sens (on a même eu droit à de la blacksploitation de type « Dr. Black, Mr. Hyde ») ?

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