« Pourquoi lui ne sent rien »

J’ai songé que le héros d’une utopie négative à contrôle intégral découvrant par miracle Albertine disparue, ou La Princesse de Clèves, en aurait la révélation stupéfiante que les populations d’avant vécurent donc avec des sentiments ainsi compliqués et prenants, et commencerait de réfléchir pourquoi lui ne sent rien ; mais dans le réalisme où nous existons, c’est pour se désennuyer à bord du train subsonique, sans faire attention que ces Affinités électives ont été rédigées à la plume d’oie ; à la lumière de quelques bougies, par quelqu’un qui n’a jamais pris de douche ni l’ascenseur, qui se chauffe au bois, envoie des lettres et voyage en voiture de poste ; sans délibérer que notre système nerveux s’est formé d’après des conditions matérielles sans aucun rapport, que nos perceptions de l’espace et du temps y sont par nécessité de nature différente, que la conscience ne peut être de la même sorte sous un ciel en circuit fermé, que ces modifications affectent tous nos sentiments et que l’amour, par exemple, ne peut plus être le même.

Baudoin de Bodinat dans La vie sur terre.

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