Soixante-dix

chaire sermon

Ou quatre-vingt, maximum. C’est la base estimée du lectorat de ce blog. La base solide, c’est-à-dire le minimum garanti qui vient lire un article dans les 1 à 2 jours après sa parution, qui arrive chaque jour même s’il ne se passe rien. Tout ce que l’outil statistique détecte d’autre est un surplus de trafic, fluctuant, saisonnier, opportuniste, de passage, arrivé par mot-clé ou par hasard, restant quelques jours ou semaines et repartant de plus belle. Tout le reste est une fantaisie qui donne du relief à la courbe des consultations, qui fait espérer que le blog va de mieux en mieux ou au contraire traverse une dépression, qui dessine des périodes, des embellies, des stagnations… Mais qui ne fait essentiellement que fausser cette réalité : si l’on rase tout ça, on arrive à ce socle de 70 à 80. Le niveau de flottaison de ces huit années à bloguer.

A vrai dire, je suis surpris de ne pas avoir été plus lu, de ne pas avoir su faire augmenter ce seuil progressivement car j’ai la faiblesse de croire que j’ai ma petite qualité, mon petit ton qui aurait dû me distinguer davantage. Mais je suis tout aussi surpris de la longévité et de la stabilité de ce socle fidèle. D’autant qu’il se fait relativement silencieux. C’en est parfois gênant. Que font-ils là ? Pourquoi restent-ils ? Qu’attendent-ils et que viennent-ils chercher ? Que me veulent-ils ? Après tout c’est un peu leur faute si je continue à écrire ici, bien que cela me fasse de moins en moins envie. Croient-ils qu’il va se passer quelque chose ? Viennent-ils comme on vient chercher son sermon et son hostie ? Se sentiraient-ils amoindris s’ils n’avaient pas cette petite dose de quelque chose ? Et savent-ils qu’ils m’empêchent de passer tout à fait à autre chose ?

70 à 80 : ce n’est pas assez pour lever une armée. Ni même une secte. On peut éventuellement songer à constituer une PME. Ou un club de lecture où l’on se prêterait des livres. Non, sincèrement : que ferait-on ensemble ? A part moquer les Julien Sorel 2.0, nous-mêmes coincés entre une carrière alimentaire et des envies d’autre ou d’ailleurs. Avons-nous seulement ces envies, suffisamment fortes et ancrées ? Et si nous ne les avons pas, que ne basculons-nous pas plus franchement du côté alimentaire de la Force ? Débrancher les connexions neuronales inutiles, qui génèrent plus de doute et d’aigreur qu’autre chose. Rejoindre la fête, monter à bord. Elle bat son plein, personne ne remarquera notre retard.

4 réflexions au sujet de “Soixante-dix”

  1. Auprès des hommes nous nous ennuyons généralement. Nous attendons qu’ils disent quelque chose d’intéressant mais ça ne vient pas. Nous préférons rester seul.
    Il en existe cependant deux ou trois, ce sont des amis, Nous aimons être avec eux. Quand ils parlent c’est juste, vrai, intelligent, souvent déconcertant. Il y a un ton, un style. Deux ou trois pas plus, du moins ceux qui vivent. Il y en a eu d’autres mais ils ont disparus.

  2. Si vous devez passer à autre chose .. passez y, mais sachez que pour au moins un lecteur , lire « Restriction durable » et votre blog n’est ni une drogue, ni une hostie .. juste un excellent moment de réflexion : je serais simplement triste de penser que vous avez raccroché au bout de la ligne et résilié votre abonnement …
    Merci Phineus d’avoir dit en quelques lignes ce que je n’aurais pas su exprimer aussi clairement.

  3. Votre blog porte bien son nom car vous avez une vision très claire du monde que vous observez. Je suppose que sa faible fréquentation est la conséquence de deux défauts majeurs : faire réfléchir les lecteurs et ne pas ressasser ce qu’on peut lire partout !
    Si vous arrêtez, ce blog me manquera.

  4. Le problème du net, c’est qu’il a fini par rejoindre la télévision dans une compétition de baisse de niveau, il est envahi par des pièges à clics, des videos de chats, et comme le souligne un copain informaticien, qui n’a pas le net ni la télé chez lui, il est devenu une perte de temps considérable pour beaucoup de gens. On pourrait presque imaginer, grâce à lui, une société pacifiée, où l’on occuperait un nombre grandissant d’inactifs à pianoter sans fin sur des sites où l’on perd son temps. Il n’est donc pas possible qu’un texte de qualité surnage, et connaisse une réussite inattendue. D’ailleurs, est-ce que nos écrivains actuels trouveraient le succès sans un appui médiatique important ? il y a une bonne part de matraquage dans tout succès, plus une part de « cygne noir », la part de l’inattendu. Les textes restent finalement confidentiels, mais comme l’audience d’autrefois, qui se réduisait au contenu d’une salle de café. Le net ne donne pas plus d’ampleur à nos textes qu’une bonne salle de café, et la teneur des conversations sur le net n’est peut-être pas au niveau de la conversation de clochards philosophes, accoudés au bar.

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