Une certaine idée de la France

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Dans un numéro de France Culture Papiers, l’historien Léonard Dauphant tente de nous faire réaliser ce que pouvait vouloir dire la France pour celui qui y vivait au Moyen âge. A l’époque en effet, la France était tout d’abord un vaste territoire, qui nécessitait 22 jours pour être traversé de haut en bas, et 16 d’est en ouest. Ce n’était pas non plus un centre du monde comme ce put l’être par la suite : la France était une province reculée par rapport à la civilisation chrétienne que le monde savant considérait : Rome, Jérusalem, l’Orient… Seuls Paris, Amiens, Chartres… scintillaient un tant soit peu de cette contrée. Par ailleurs, ce qu’on appelle aujourd’hui la France était alors trois “pays” : le monde anglo-normand, l’Occitanie et le royaume de France lui-même ; deux langues différentes y étaient parlées. Autant dire que, pour la plupart de ses habitants, la France était une notion vague, de peu de sens, comme pour nous l’Europe aujourd’hui.

Les gens appartenaient avant tout à leur campagne, à leur ville, à leur panorama immédiat. Personne n’avait d’ailleurs jamais vu de carte de France : les premières n’arrivèrent qu’au XVème siècle. L’image de la France ne se constituait dans l’esprit de chacun que par une sorte d’exercice de géographie mentale : on appartenait à son horizon, on avait une idée des folklores alentours, on entendait que les Bretons étaient comme ceci et les Alsaciens comme cela, que Grenoble ou Bordeaux produisaient une spécialité… Le voyageur arrivant dans une nouvelle région montait en haut du clocher ou de la cathédrale pour étendre son horizon et sa connaissance de la topographie des lieux… Il se sentait très vite en pays étranger dès qu’il avait quitté son giron : des coutumes sensiblement différentes, une façon inconnue de porter le chapeau, et c’était pour lui comme un autre pays.

Les gens appartenaient avant tout à leur panorama immédiat. Ils considéraient ce qui était là, là où ils vivaient. Aujourd’hui, c’est assez précisément le contraire : la plupart de nous ne vit pas à l’heure locale, au diapason de son environnement immédiat ; nous pouvons habiter une localité en ignorant tout d’elle, les gens comme les usages. Nous pouvons habiter une localité pour ne faire qu’y dormir, en réalité, l’essentiel de notre vie se déroulant ailleurs. Ce qui nous importe, en revanche, ce qui nous agite, ce sont des préoccupations d’envergure nationale voire internationale. Pour cela on peut compter sur nous : le dernier idiot a son avis sur Trump, chacun a une opinion sur la politique socio-économique qui ferait avancer le pays, tout le monde pense que son petit bulletin de vote peut éviter une guerre, adoucir la pauvreté ou éradiquer la malaria de sous les tropiques…

Les sujets qui nous concernent sont assurément ceux qui sont lointains, qui ne nous touchent d’aucune sorte et sur lesquels nous n’aurons jamais prise. La France, le Monde, à nos yeux, sont bien plus importants que notre quartier. Comme écrit Louis-Ferdinand Céline : il y a beaucoup de folie à s’occuper d’autre chose que ce qu’on voit.

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