Virtualités humaines : nous sommes tous le même homme

Vu un entretien de Sartre qui inspire l’idée suivante : chaque homme aurait en lui les virtualités de tous les autres. C’est-à-dire que nous serions tous détenteurs d’une somme identique de possibilités humaines, chacun contiendrait toutes les possibilités d’hommes, toutes les personnalités potentielles ; nos différences tiendraient seulement au fait que chez chacun, certaines de ces virtualités sont plus ou moins animées, développées, quand chez d’autres elles sont engourdies ou brisées.

Notre personnalité serait ainsi une combinaison unique de petites diodes allumées ou éteintes.

Et on admire tel sportif, philosophe ou astronaute, parce que sa performance témoigne de notre propre potentiel ; sa simple existence nous dit « voilà, homme, ce dont tu es capable ». Et on hait tel autre, râclure, sanguinaire, disgrâcieux, pour la même raison : son existence ravive en nous la peur de virtualités en nous qu’on craindrait de voir se mettre à clignoter.

Il y a là une idée de communauté humaine et de compassion qui me semble indispensable à la compréhension et à l’intelligence. Une idée profondément chrétienne au fond, qui résoud la confrontation entre l’unicité de l’individu et la communauté de l’espèce humaine, et qui d’autre part invite à regarder le monstre non seulement en face, mais aussi en soi.

Coup de foudre

Coïncidence des traits d’un visage inconnu avec les images fantasmatiques très nettes qui fermentaient depuis un bout de temps dans notre cerveau.

Si par malheur le coup de foudre est réciproque, chacun flanque sur l’autre ses désirs totalitaires. La réalité, contrariante, regardera tout cela se finir dans un bain de sang.

Cerveaux numériques, logiciels à penser

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Dans le futur, il n’y a plus d’intellectuels ni de philosophes, mais des systèmes d’information qui « réfléchissent » selon un paradigme ou une doctrine donnée. Cela est possible grâce à la technique qu’on appelle la « numérisation de cerveau ».

Le principe : on modélise une intelligence artificielle à partir d’une pensée humaine, en y intégrant tout ce que cette pensée a produit, dit, écrit, vécu… On entre par exemple dans un programme toute la pensée de Michel Onfray ou d’Alain Finkielkraut : livres, interviews, éditoriaux, mais aussi données biographiques, sociologiques ou historiques qui peuvent aider à expliquer cette pensée. Il en ressort un instrument de calcul capable de formuler, sur n’importe quel sujet, la proposition la plus cohérente qu’aurait formulé Michel, Alain, ou le penseur humain qui a servi de modèle.

Il est ainsi possible de dialoguer avec ces machines à penser, avec ces penseurs USB, et donc de connaître l’avis d’une personne éminente sur n’importe quel sujet, de discuter avec elle, y compris quand elle est morte et appartient au passé.

Les premiers cerveaux numériques ont évidemment donné des résultats un peu rigides et caricaturaux. Mais la technique a rapidement progressé, que ce soit la qualité de synthèse des données, la fluidité des interfaces de dialogue ou le nombre de variables prises en compte (les modèles actuels se mettent à jour de l’actualité mondiale en temps réel). Les cerveaux numériques actuels dépassent souvent le cerveau humain qui a servi de modèle, en rapidité, en cohérence et en culture générale. Au point qu’il existe aujourd’hui, pour les cerveaux de personnalités éminentes, une version officielle dont la consultation est payante, voire même onéreuse.

Quelques faits divers liés aux cerveaux numériques :

  • on peut tchatter sur internet 24h/24 avec le cerveau de Bernard-Henri Lévy (0,34 €/min),
  • un étudiant en psychologie peut consulter le cerveau de Sigmund Freud à la bibliothèque,
  • le PS a bâti son programme 2019, « véritablement social et en ligne avec les attentes des Français », à l’aide du cerveau numérique de Léon Blum,
  • l’UMP a dû renoncer officiellement à sa filiation avec le gaullisme après que le cerveau numérique du Général ait renié à 88 % son programme, et reconnu à 75 % celui du Front National,
  • en 2025 est sortie la version 2 de l’application i-Phone du cerveau numérique de Pierre Ménès : elle intègre les nouvelles règles internationales de la FIFA,
  • le cerveau numérique de Beigbeder a écrit simultanément 8 romans, dont 2 se sont mieux vendus que les romans du « vrai » Beigbeder.

Un peu plus sur la numérisation de cerveau

Valeur positive, valeur négative

Aime-t-on le silence et la solitude pour ce qu’ils sont, en tant que tels ?
(valeur positive)

Ou les aime-t-on pour ce qu’ils sont absence de bruit et absence d’hommes ? (valeur négative)

Nous pouvons réfléchir, comme cela, à ce qu’on aime de creux et ce qu’on aime de plein. A ce qu’on fait de creux et ce qu’on fait de plein. A ce qu’on est de creux et ce qu’on est de plein.