« Qu’est-ce qu’un accompagnateur ? »

« Ce qu’il y a de singulier, dans ces appellations nouvelles, c’est qu’elles ne semblent pas se soucier de renvoyer d’emblée à des réalités quelconques. (…) L’univers de conte de fée, qui remplace peu à peu le vieux réel dont personne ne veut plus, lance aux romanciers d’aujourd’hui un défi sans commune mesure avec ceux d’hier. (…) Car qu’est-ce qu’un accompagnateur ? Par quel bout ça se prend exactement ? Et un développeur de patrimoine ? Et un coordinateur petite enfance ? Comment le décrire avec justesse ? Ses pensées, ses gestes ? Ses arrière-pensées ? Le surprendre en plein travail, accomplissant sa mission qui consiste – je cite – à « aiguiller les familles vers les structures existantes« , sans oublier au passage de « faciliter le décloisonnement entre les différents services d’accueil » ?

Ça se peint comment des choses comme ça ? Ça se raconte comment ? Un magistrat du temps de Balzac, un usurier, une femme de chambre, un ancien soldat de l’Empire, on savait plus ou moins ce qu’ils voulaient. Leurs histoires même les plus complexes sont d’une limpidité, d’une palpabilité formidables à côté de ce qu’on peut supposer comme aventures à un agent d’ambiance ou à une adjointe de sécurité. Qu’est-ce que ça peut être, le comportement d’un type en train d’aiguiller des familles ou de faciliter un décloisonnement ? Et qu’est-ce que c’est un facilitateur de décloisonnement qui ne fait pas bien son boulot ? Ca s’attrape par quel bout ? Et un coordinateur petite enfance qui tire au flanc ? Un agent de médiation qui bâcle ? Un accompagnateur de personnes dépendantes placées en institution qui cochonne le travail ? Un développeur de patrimoine qui sabote ? Est-il est possible de se révéler mauvais comme agent d’ambiance ? Médiocre accompagnateur de détenus ? Détestable facilitateur de réinsertion à la sortie de l’hôpital ? Et que se passe-t-il, en vérité, quand un agent d’ambiance se met en grève ? »

Philippe Muray dans Désaccord parfait