La comédie enseignante

C’est une simple observation, mais d’après mon expérience, les gens qui étaient atteints le plus gravement de narcissisme ont toujours été ceux qui ont fini par se destiner à l’enseignement ! Ou au moins à en ébaucher le projet.

Gens pas comme les autres, qui n’entrent pas dans les cases, « créatifs » mais sans œuvre. Gens qui poursuivent une chose sans vraiment savoir quoi. La voie normale n’est soi-disant pas faite pour eux. Gens qui parlent beaucoup d’eux-mêmes, mais paradoxalement sans jamais vraiment parler d’eux. Jamais avec vérité et simplicité. Affabulateurs, comédiens d’eux-mêmes, peu de questions mais beaucoup de questionnements, et puis hop ! Finalement : prof !

Pour ceux-là en effet, quelle meilleure scène qu’une estrade pour produire leur personnage au quotidien ? Le public est tout trouvé. Et l’érudition sera leur comédie.

Les acteurs à qui se fier les yeux fermés

A certains acteurs vous pouvez faire totalement confiance : s’ils figurent à l’affiche c’est assurément mauvais ! Nous comptons ainsi sans le savoir des complices dans le monde du cinéma – parfois hauts placés – qui nous indiquent un navet avant sa sortie. C’est bien pratique : l’acteur figure à l’affiche => vous n’y allez pas.

Nicolas Cage, Colin Farrell ou John Travolta par exemple, ne sont pas les plus mauvais acteurs mais ils ont un sens inné pour dégoter les films réellement navrants. Leur palmarès est tel qu’il est devenu statistiquement impossible de les voir jouer dans quelque chose de bon.


Ne dites pas qu’on ne vous avait pas prévenu !

Denzel Washington, Harrison Ford sont eux le gage d’un film morne et ennuyeux, ni tout à fait action, ni réflexion ni émotion, et bien sûr dénué d’humour ; films où se croisent avocats, hommes d’affaires, hommes d’Etat, autant de personnages qui ne sauraient en aucun cas être le sel d’une histoire réussie. Quel chef d’œuvre a jamais eu pour héros un président de la république ? Et pour scène de dénouement une cour de justice ?

Tom Hanks, Julia Roberts ou Richard Gere nous signalent eux, par leur présence à l’écran, que nous avons affaire à un film qui est une fausse bonne idée, de toute façon anesthésiée par une réalisation plate et convenue. Et voilà.

En France, ce sont Sophie Marceau, Frédéric Diefenthal ou Charles Berling qui garantissent vos mauvais moments de cinéma. Leur accréditation au générique certifie une histoire plan-plan, qui semble commanditée par quelque ministère pour ses vertus pédagogiques et citoyennes, où les méchants sont tout désignés (un mari beauf qui n’écoute pas les envies de sa femme, un promoteur immobilier un peu raciste qui veut acheter un terrain au maire d’un village pittoresque, un chef d’entreprise pour qui l’argent est important…).

Aoutch ! Celui-là vous l’avez cherché !

Et il existe évidemment le contraire : les bons acteurs à aller voir les yeux fermés. Ceux qui font tellement plaisir à voir qu’ils parviennent, par leur simple présence, à rendre un film initialement faible et laborieux supportable et attendrissant. Pour ma part : Steeve McQueen, Jack Nicholson, Jean Rochefort, Michel Serrault

Grotesque de la mise en scène

Vu un t-shirt sur lequel un rappeur riche et célèbre fait semblant de se suicider en s’enfonçant le canon d’une arme dans la bouche.

Je me figure la crétinerie du rigolo qui pose pour la photo : décor sombre, œil sérieux et supérieur, arme factice au poing et la ferme détermination de faire… un joli t-shirt ! Je me figure la maquilleuse ou le photographe qui lui donne des indications, lui fait relever le menton : « comme ça coco ! ».

Je me figure cela et je le mets en relation avec la détresse authentique et inaperçue du vrai désespéré, qui à un autre endroit du globe, s’enfonce pour de vrai un pistolet dans la gorge avec comme seule envie la désintégration.

Et voilà tout le ridicule de l’auto-mise en scène du rap qui surgit, toute la pelote du spectacle qui se débobine : le cirque du « je suis un méchant », « je suis un maquereau », « on dit que je serais un bandit »…

50 cents dans un magasin de jouets

Le ridicule du rap et peut-être plus encore : celui des gens de spectacle en général. Ainsi le jeune acteur qui joue merveilleusement la noirceur d’un taulard, et à côté le taulard lui-même, seul, qui moisit en taule. Ainsi la grande actrice qui restitue très fidèlement la folie, l’hystérie, l’aliénation… et qui file rejoindre ses amis après le tournage, dans un bar à vins empli d’éclats de rire. Ainsi le politicien qui sur le plateau, dénonce les idées déviantes de son adversaire et dans les coulisses, le félicite pour les bons mots qu’ils ont échangés.