Creuser sa tombe de connaissance

On découvre une vérité avec le même préssentiment et la même jubilation qu’un paranoïaque découvre un complot monté contre lui. La vérité soi-disant découverte, en réalité, existait déjà à notre insu, au plus profond de nous, sous la forme d’une conviction embryonnaire ; cette vérité, on veut bien la découvrir car elle fait déjà partie de ce qu’on est, elle nous rassure, elle nous confirme.

Ainsi, on croit avoir des idées, se forger une opinion à force de raison, mais il faut bien admettre que ce sont ces idées qui nous détiennent, que tel type d’idées va imprégner tel type de personnes tandis qu’elles resteront à jamais étrangères à d’autres…

En termes d’exploration de la connaissance, l’étendue du possible n’est jamais la découverte de territoires inconnus mais seulement l’approfondissement de ce que nous sommes déjà, de ce qui constitue notre personne et nos opinions. En fait de découvertes extérieures et de trophées, il n’y a que des convictions intérieures qui étaient là depuis le départ – ce qu’on savait sans le savoir – et que nous avons simplement mises à jour.

La seule latitude est de creuser plus profond, de délimiter plus nettement les contours de notre idiotie et de notre cécité. Car tout ce que nous pourrons trouver, à la fin, est la croûte plus ou moins durcie de certitude et de bêtise contre laquelle nous buttons et qui constitue notre noyau.