Bègue de quelque chose

Il y a ces petites choses, qui ne sont tout de même pas compliquées mais qui nous laissent dans une incapacité totale. Face à elles, se produit comme un blocage pour certains. C’est pas sorcier, ok, mais on n’y arrive pas, ok ? Ce n’est pas de la mauvaise volonté, rien ne nous en empêche, ce n’est pas une question de ne pas oser, mais ce n’est pas notre truc, pas notre tasse de thé.

Vis-à-vis de ces choses, nous sommes des sortes de « bègues ». Et lorsqu’on est contraint de s’y frotter, nous devons certainement être aux yeux des autres comme cette fille au collège, la nulle en sport, que toute la classe regardait vainement tenter d’enjamber une haie de 50 cm sans la renverser… Au bout d’un moment ce n’est même plus drôle et tout le monde finit par se dire dans sa tête « c’est pas possible, elle fait exprès ! ».

Il y a les bègues du sport, les bègues du rythme – incapables de saisir la cadence si vous leur demandez de danser, chanter ou jouer d’un instrument… Il y a les bègues de la logique et ceux de l’humour… Moi je suis bègue du bricolage, par exemple. Une panne et je suis désemparé. Mon cerveau se paralyse, incapable d’envisager le moindre début de résolution pour comprendre ce qui cloche. Je suis typiquement de ceux qui s’en remettent à un spécialiste, qui viendra parfois « réparer » un appareil qui n’était simplement pas branché…

Ou encore, je suis bègue de la conversation. Non pas pour discuter au quotidien, mais s’il s’agit de meubler, de faire la conversation, a fortiori avec un inconnu. Dans ce domaine, la facilité du tchatcheur de boîte de nuit m’a toujours épaté : le type qui avance au milieu de la piste, fait semblant de danser à côté de la fille, lance un regard ou un mot, et – ça y est ! – se met à déblatérer à son oreille sans plus s’arrêter… Je n’ai strictement aucune idée de ce qu’il peut lui dire. J’imagine que ça ne vole pas forcément haut mais à moi, même les plus sombres âneries ne viennent pas à l’esprit. A mon esprit vient seulement le néant. Je suis bègue de la conversation.

Ces blocages sont de purs handicaps, des handicaps neuronaux. Ce n’est pas une question de capacité, car le soi-disant don pour le bricolage, par exemple, ne requiert en réalité aucune connaissance, aucune aptitude sinon la présence d’esprit de penser à (vérifier, faire, dévisser, redresser…). Ce n’est pas non plus une question d’expérience, car bien que le bon sens et la simplicité du bricolage nous saute aux yeux tandis que nous regardons le bricoleur à l’œuvre, nous n’apprenons pas pour autant : la fois suivante, tout sera oublié, nous nous sentirons toujours aussi dépourvu et le spécialiste apparaîtra de nouveau comme un recours indispensable…

Faire bon ménage

Une femme apporte un soin particulier à faire un effort pour son homme : lui cuisiner un petit plat, ranger ses affaires, passer un coup de balai à sa place, remplir la paperasserie… Ce sont autant de témoins qui attestent à ses yeux que l’homme est mieux avec elle que sans, et qui lui permettent de fonder l’hypothèse qu’il l’aime.

Evidemment, la femme se doute bien que les raisons pour lesquelles son homme l’aime se situent ailleurs, plus profondes et plus subtiles, mais ce sont là néanmoins les signes les plus immédiats, les plus palpables, les seuls visibles à l’œil nu. Elle cuisine, range ou nettoie et cela lui inspire « sans moi, il n’a pas ça, il est moins bien ».

  • Il y a des cas d’hommes non évolués, réellement incapables, qui vont véritablement aimer leur femme pour ces raisons triviales.
  • Il y a aussi des cas de femmes non évoluées, avec lesquelles l’homme a tout intérêt à laisser croire qu’il ne sait pas du tout se débrouiller et que rien ne serait jamais fait si la femme n’était pas là.

Les femmes instruites, elles, ne tirent satisfaction à « faire à la place » qu’à la condition de savoir qu’elles ne vivent pas avec un empaluché, et qu’à l’occasion, l’homme est capable d’exécuter ces tâches seul et spontanément.

[Il y a aussi le cas d’hommes évolués, paraît-il…]