Requins en danger

Parmi les causes fréquemment défendues à la télévision, il y a celle des requins : 3 à 4 fois par an, un reportage animalier ou une émission marine s’attèle à réhabiliter le requin, qui souffre comme chacun sait d’une réputation de mangeur d’hommes

Le requin est victime de notre regard et de nos préjugés ; notre imaginaire s’acharne à tort contre cette aimable bestiole en la représentant comme un animal furieux, excité par le sang et la chair humaine…

Le propos de ces reportages, c’est de dire que tout cela n’est qu’idées reçues. Le requin n’attaque pas l’homme, il lui est foncièrement indifférent en fait. Peut-être a-t-on relevé des cas de nageurs ou de surfeurs attaqués… Mais pas d’amalgame ! C’est simplement que de dessous, le prédateur nous prend pour des phoques ! Sans cela il n’a aucune envie de nous manger : voyez comme il nous croque puis nous relâche aussitôt et se désintéresse… Et de conclure la voix grave, en demandant combien de temps faudra-t-il encore – nous sommes en 2011 ! – pour faire évoluer les consciences et bouger les choses…

Eh bien oui, peut-être, mais faire bouger quoi ?! Vu le nombre d’humains et de requins qui sont en contact régulier, qu’est-ce que ça peut bien faire à qui, ce que les uns pensent des autres ? A quel point le requin prend ombrage de nos a priori à son sujet ? Et une fois que j’aurai vaincu ces a priori, comment puis-je faire savoir que je n’ai rien contre les requins, que ce sont pour moi des animaux comme les autres, dotés d’un coeur comme tout le monde ? Comment améliorer les choses à ma modeste échelle ? En boycottant les films américains qui véhiculent une image qui stigmatise le requin ? En me baignant plus souvent au large de l’Afrique du Sud pour lui montrer ma totale confiance en lui ? En en prenant un chez moi dans ma baignoire ? 

Qu’on me dise. Je ne supporte plus d’imaginer ces requins vexés et discriminés au fond de l’océan, là où personne ne les entend pleurer.

Couple impossible

Dieu sait que l’amour est indulgent avec les hommes, il s’accommode des « grands écarts » entre :

  • un homme laid et une femme sublime,
  • un vieux briscard et une petite jeunette,
  • un bon vivant ventripotent et une sportive chevronnée,
  • un type fauché et une bourgeoise…

En revanche je suis formel (je viens d’en croiser un) : il ne peut pas fonctionner de couple où la femme a une trop grande différence de grandeur avec l’homme.

C’est rédhibitoire. Quel que soit l’amour que ces gens se portent, leurs qualités réciproques, leur histoire… L’un à côté de l’autre, ils donnent à voir un spectacle simplement trop croquignol pour que l’entourage, ou le miroir, leur renvoie autre chose qu’une image négative ou comique. Image qui lentement et sûrement, vient à bout de leur union un de ces jours.

Comment en serait-il autrement ? Comment l’homme de ce couple n’en arriverait pas, au gré des regards fugitifs et narquois, à développer naturellement une rancune envers sa femme ? Ou à se vexer à force qu’on ne prenne jamais son duo au sérieux ? Comment ne finirait-il pas par prendre ombrage du fait que le monde persiste à voir, là où il manifeste sa passion et sa virilité, l’image d’un petit garçon donnant la main à sa grande sœur, ou tendant le front à maman pour recevoir un baiser ?

Et par « grandeur », je ne parle pas seulement de taille : plus généralement, l’amour ne s’accommode pas d’une trop grande différence d’allure et de prestance. Il n’y a qu’à se rappeler cette fête, que nous avons essentiellement passée désolé, à regarder cette fille élégante et distinguée à l’autre bout de la pièce, tenir à son bras une loque à casquette sans style ni tenue… Spectacle aussi désolant que celui d’un âne saillant une jument : le fruit de l’union sera peut-être plus tard un mulet robuste et vaillant ; en attendant la scène est, le temps de son accomplissement, exclusivement bouffonne, disgrâcieuse et grotesque.