L’habitude des églises

The New-born, by Georges de La Tour

Les églises ont-elles été construites pour être remplies ou pour être vides ? Vide ou remplie, l’église remplit un rôle, assure une fonction. Quand le dernier pratiquant aura disparu, les églises resteront nécessaires. Il n’existe pas d’autre lieu sur Terre qui offre à l’Homme cette possibilité fondamentale : ce refuge inestimable au creux des voûtes fraîches, hautes et obscures. Ce refuge à l’abri de la vie, à l’abri du monde.

L’église est la seule maison qui supporte d’être vidée de sa raison d’être, sans ne rien perdre de sa justification totale d’exister, d’être là.

Je recherche en vain sur internet cette superbe scène de La Vie rêvée des anges, où le personnage d’Elodie Bouchez, petite vagabonde à la rue, seule et délaissée, sac au dos, pousse la porte d’une église et s’y abrite pour la nuit. Elle est à bout. A l’intérieur, le noir est total, le silence absolu. Comme dans un tableau de la Tour, on ne voit que le noir complet, et la flamme du lumignon que cette fille a posé sur le sol, réchauffant les lignes de son visage. Assise en tailleur, elle regarde la flamme chanceler. Ses nerfs se relâchent. Elle pleure dans le silence de l’église. On n’entend aucun bruit que ses reniflements et les froissements de vêtements, comme démesurément agrandis par la résonance de l’édifice.

Il me semble que c’est, depuis toujours, exactement pour cela que les églises ont été construites. Combien de temps survivront-elles sur cette seule fonction, ce seul business model ?