Boussoles inversées

Une personne – avec qui je m’entends pourtant bien – a le talent pour adorer les films que je déteste et pour dénigrer ceux que j’ai appréciés. C’en est au point où cela s’est vérifié suffisamment de fois pour m’en faire une règle. A savoir : éviter ses films « coup de cœur » et se précipiter plutôt sur ceux qu’il ne recommande pas.

Certaines personnes comme cela sont nos boussoles inversées. Nous n’avons plus vraiment besoin de savoir pourquoi elles aiment ceci ni comment elles pensent cela, mais simplement de connaître quel est le nord qu’elles désignent, afin de tracer tout droit vers le sud, d’un pas assuré.

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La seule autre personne qui ait pour moi cette fiabilité de mécanisme, c’est Bernard Henri-Lévy. Lorsque se présente sur la scène internationale un nouveau conflit un peu complexe dont je ne sais que penser, j’attends que BHL se prononce. Puis je prends le parti inverse. Je suis alors à peu près sûr de ne pas me tromper, j’ai le confort de savoir que je suis grosso modo dans le juste.

Et comme en général mon cinéphile va beaucoup au cinéma, et comme en général BHL donne son avis sur tout, ce sont des personnes bien pratiques à avoir près de soi de ce point de vue.

Refuser la première idée qui vient

Quand on réfléchit à un problème, la solution qui nous vient en 1er lieu est toujours celle qui nous est la plus agréable, celle qui nous « coûte » le moins, c’est-à-dire celle qui dérange le moins notre mode de penser naturel – notre intuition est flatteuse. En termes mécaniques, la pensée tend à emprunter par défaut les tuyaux les plus usités et visités de notre cervelle.

Il serait amusant de déduire de cela une gymnastique d’esprit qui consisterait à s’interdire par principe la 1ère idée qui vient, à l’éliminer d’office, à se priver volontairement de notre bon sens pour s’efforcer de penser un pas plus loin. S’obliger à inventer une 2ème solution.

Il y a là l’idée de s’attacher une main dans le dos pour acquérir de nouveaux réflexes. Que se passerait-il alors ? On ne serait sans doute pas plus souvent dans le vrai. Mais les situations se présenteraient plus inédites et trépidantes…