« Un philosophe n’a jamais exprimé ses opinions véritables dans un livre »

L’ermite ne croit pas qu’un philosophe ait jamais exprimé ses opinions véritables et ultimes dans des livres : n’écrit-on pas des livres précisément pour cacher ce que l’on porte en soi ? Il doutera même qu’un philosophe puisse avoir de manière générale des opinions « ultimes et véritables », qu’il n’y ait pas de toute nécessité en lui, derrière toute caverne une autre caverne plus profonde. Un arrière-fond d’abîme derrière toute « fondation ». Toute philosophie est une philosophie de surface : il y a de l’arbitraire dans le fait qu’il se soit arrêté ici, ait regardé en arrière et alentour, qu’il n’ait pas creusé plus profondément ici et ait remisé sa bêche, il y a aussi de la méfiance là-dedans. Toute philosophie cache une philosophie ; toute opinion est aussi une cachette, toute parole est aussi un masque.

Nietzsche, dans je-ne-sais-vraiment-plus-quel livre.

La comédie enseignante

C’est une simple observation, mais d’après mon expérience, les gens qui étaient atteints le plus gravement de narcissisme ont toujours été ceux qui ont fini par se destiner à l’enseignement ! Ou au moins à en ébaucher le projet.

Gens pas comme les autres, qui n’entrent pas dans les cases, « créatifs » mais sans œuvre. Gens qui poursuivent une chose sans vraiment savoir quoi. La voie normale n’est soi-disant pas faite pour eux. Gens qui parlent beaucoup d’eux-mêmes, mais paradoxalement sans jamais vraiment parler d’eux. Jamais avec vérité et simplicité. Affabulateurs, comédiens d’eux-mêmes, peu de questions mais beaucoup de questionnements, et puis hop ! Finalement : prof !

Pour ceux-là en effet, quelle meilleure scène qu’une estrade pour produire leur personnage au quotidien ? Le public est tout trouvé. Et l’érudition sera leur comédie.