« Loin de tous les soleils »

Nietzsche, dans Le gai savoir :

« Qu’avons-nous fait quand nous avons détaché la terre de son soleil ?
Où va-t-elle maintenant ?
Où allons-nous nous-mêmes loin de tous les soleils ?
Ne tombons-nous pas sans cesse ?
En avant, en arrière, de côté, de tous les côtés ?
Est-il un en haut, un en bas ?
N’allons-nous pas errants comme par un néant infini ?
Ne sentons-nous pas le souffle du vide sur notre face ?
Ne fait-il pas plus noir ?
N’advient-il pas de la nuit toujours plus de nuit ? »

« Jouer le personnage qui nous a été donné »

« Souviens-toi que tu es acteur dans une pièce, longue ou courte, où l’auteur a voulu te faire entrer.

S’il veut que tu joues le rôle d’un mendiant, il faut que tu le joues le mieux qu’il te sera possible. S’il veut que tu joues celui d’un boiteux, d’un prince, d’un plébéien, il en est de même.

Car c’est à toi de bien jouer le personnage qui t’a été donné, mais c’est à un autre de te le choisir. »

Dans le Manuel d’Epictète.

« Tous ne philosophent pas constamment et sans désemparer »

« Malgré l’éphémère brièveté de la vie humaine jetée dans l’infini, l’incertitude de notre existence, les innombrables énigmes à propos de l’insuffisance absolue de la vie, tous ne philosophent pas constamment et sans désemparer.

Il n’y en a pas même beaucoup, seulement quelques uns. Le reste vit dans ce rêve pas très différent des animaux, dont ils ne se distinguent que par la prévoyance étendue à quelques années.

C’est pourtant en vérité une bien triste situation que la nôtre ! Un court instant d’existence rempli de peines, de misères, d’angoisse et de douleur, sans savoir le moins d’où nous venons, où nous allons, pourquoi nous vivons.

S’y ajoute encore ceci : nous nous observons et sommes en relation les uns avec les autres – comme des masques avec des masques nous ne savons pas qui nous sommes – mais comme des masques qui ne se connaissent pas du tout. »

Arthur Schopenhauer dans Esthétique et métaphysique.

« Plus une chose a de vide »

Lucrèce, dans De rerum natura :

« Sans vide, jamais rien ne peut être brisé, rompu, coupé, fendu en deux, rien ne peut prendre l’eau, non plus le froid perçant ni le feu pénétrant… Toutes les choses qui tuent.

Et plus une chose en son dedans a de vide, plus l’attaque est profonde et la fait chanceler. »