« Le genre insolite »

Nous savons finalement que l’imagination inconsciente est pauvre, que l’écriture automatique est monotone, et que tout un genre « d’insolite » qui affiche de loin l’immuable allure surréaliste est extrêmement peu surprenant.

Guy Debord

Le blasphème en musique

manson_blaspheme

Il est toujours cocasse de voir se débattre sur scène un groupe de rock plus ou moins métal ou sataniste dans le but de jouer au diable, ou d’être le plus offensant possible envers la religion (notons qu’il s’agit toujours de sa religion, le christianisme, jamais de celle des autres).

Ce dont ne se rendent pas compte les Marilyn Manson et consorts, outre la désuétude de leur combat, c’est que même de cette façon, même par cette attitude insultante et provocante, ils restent fidèles à une esthétique d’essence chrétienne. Les valeurs du rock (liberté, dégoût du fric et de la corruption du monde, esthétique de la violence tournée contre soi, innocence éternelle de la jeunesse, idéal de l’intégrité…) sont chrétiennes d’une certaine manière, et on a raison lorsque l’on dit que « Jésus-Christ est un hippie ». 

Le rockeur rebelle, quel que soit le maquillage qu’il arbore, est toujours au fond l’enfant maudit de ses parents chrétiens ou de sa culture chrétienne : son reproche et son dégoût sont ceux d’un éloignement des choses essentielles, et le cri qu’il pousse est sa façon de chasser les marchands du temple et de prôner un retour aux sources.

Iggy_Pop_1

« Prenez, ceci est mon corps livré pour vous »

Il existe en revanche des territoires beaucoup plus impies lorsque l’on souhaite enfoncer un couteau dans le cœur de Dieu. C’est ce qu’un Marilyn Manson ne comprendra jamais : il peut mettre en branle tout l’attirail, les cris et les mises en scène qu’il veut, il ne représentera jamais sur la figure du Christ un plus gros crachat que le premier rappeur venu faisant l’éloge du fric, de la vulgarité, de la pornographie, de la violence contre l’autre. Mieux que le rock à cornes, il y a le rap ou la variété internationale pour jouer les Antéchrists. Là on ne dénonce pas le monde de l’argent : on l’épouse et on le glorifie. Là on n’est pas violent envers soi-même mais envers l’extérieur. Là on n’a pas de moralité : on jouit sans entrave.