Les repères 

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Personne ne songe à contester le bienfait des repères : les repères, c’est important dans la vie. Les repères, c’est crucial pour se développer, pour un enfant comme pour un adulte, que l’on se construise avec eux ou par opposition… Personne, ne serait-ce que par provocation, ne se hasarde à soutenir que les repères sont inutiles ou nocifs et qu’il faut les ratiboiser de toute urgence. La valeur absolue du repère semble universellement partagée.

Pourtant, ces personnes qui croient aux repères – qui du moins ne songent pas à nier leurs bienfaits – jugent en même temps salutaire de bousculer les certitudes, de péter les catégories, de dissoudre les étiquettes, de remettre en cause ce qui est établi et se tient là depuis un certain temps. Sans rien renier du bienfondé des repères, ils pensent tout aussi urgent de désenseigner l’identité dès le plus jeune âge, de ne jamais considérer qu’on est mâle, femelle, ou quoi que ce soit d’affirmé, de relativiser tout ce que l’observation peut nous faire croire, d’abattre toute idée de norme et toute généralisation : puisqu’il existe toujours une exception, c’est que la généralité est dénuée de fondement.  

Une fois entrés dans ces considérations, face au pur principe de brouiller les pistes et de ne rien figer, l’argument du repère ne peut plus rien pour ces gens-là. Le fond de l’air de la modernité est le plus fort et il n’existe plus rien pour s’opposer à lui. Ma foi…

La notion de l’Espace

Dans sa représentation commune, l’Espace est toujours synonyme de quiétude, de silence, de flottement, de légèreté, de relâche, de volume infini… Il est la métaphore d’un certain état d’extase, un nirvana, celui du fœtus baignant au ralenti dans son liquide amniotique. Ground control to Major Tom, comme disait l’autre.

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L’un des nombreux mérites du film Gravity est de renverser ce cliché et de redonner à l’Espace toute sa nature chaotique et infernale : le caractère absolument hostile et invivable de cet environnement de mort. L’espace est un enfer pour l’homme, une dimension sans dessus-dessous. Il n’y manque pas seulement de l’oxygène, il est impossible d’y évoluer, de s’y mouvoir… Rien ne peut y vivre.

Ainsi, Gravity rétablit la notion de l’Espace, et par contraste, celle de la vie : on réalise, de retour sur Terre, combien les conditions terrestres sont exceptionnelles, inouïes, littéralement extra-ordinaires. Malgré toutes les violences qu’il peut s’y produire, la Terre est un jardin d’Eden miraculeux, une parenthèse, un point perdu au milieu de l’infini chaotique.

En vérité, on pourrait presque suspecter le film d’être « créationniste ». Et je m’étonne que personne n’ait initié ce débat idiot à sa sortie.