« La sexualité n’était qu’un divertissement plaisant »

« Pour Esther comme pour toutes les jeunes filles de sa génération, la sexualité n’était qu’un divertissement plaisant, guidé par la séduction et l’érotisme, qui n’impliquait aucun engagement sentimental particulier ; sans doute l’amour n’avait-il jamais été, comme la pitié selon Nietzsche, qu’une fiction inventée par les faibles pour culpabiliser les forts, pour introduire des limites à leur liberté et leur férocité naturelles. Les femmes avaient été faibles, particulièrement au moment de leurs couches, elles avaient eu besoin de vivre sous la tutelle d’un protecteur puissant et à cet effet elles avaient inventé l’amour, mais à présent elles étaient devenues fortes, elles étaient indépendantes et libres et avaient renoncé à inspirer comme à éprouver un sentiment qui n’avait plus aucune justification concrète. Le projet millénaire masculin, parfaitement exprimé de nos jours par les films pornographiques, consistant à ôter à la sexualité toute connotation affective pour la ramener dans le champ du divertissement pur, avait enfin, dans cette génération, trouvé à s’accomplir. Ce que je ressentais, ces jeunes gens ne pouvaient ni le ressentir ni même exactement le comprendre, et s’ils l’avaient pu ils en auraient éprouvé une espèce de gêne, comme devant quelque chose de ridicule et d’un peu honteux, comme devant un stigmate de temps plus anciens. Ils avaient finalement réussi, après des décennies de conditionnement et d’efforts, à extirper de leur cœur un des plus vieux sentiments humains, et maintenant c’était fait, ce qui avait été détruit ne pourrait se reformer, ils avaient atteint leur objectif : à aucun moment de leur vie ils ne connaîtraient l’amour. Ils étaient libres. »

Michel Houellebecq dans La possibilité d’une île.

Le porno de masse

Ce qui menace la dignité de la femme, ce n’est pas le port du voile, ce n’est pas le soi-disant sexisme omniprésent. Ce qui menace la dignité de la femme, réellement, c’est le porno au grand jour, le porno grand public, le porno de masse.

Miley Cyrus Bangerz Tour Hits Izod CenterQueen of pop, génération Disney

Lundi : une vidéo partagée sur les réseaux sociaux montre une adolescente à un concert de rap, qui a grimpé sur la scène et que le groupe attrape violemment et se met à « violer » pour de faux sans qu’elle ne puisse rien faire. Rien d’étonnant : la variété musicale pour ados n’a de toute façon plus de différence fondamentale avec le milieu de la pornographie.

Mardi : quelqu’un me raconte que son fils de 8 ans a recherché « sexe vidéo » sur sa tablette. Après enquête, il s’avère que l’idée lui vient d’un camarade de classe, qu’on imagine aisé et précocement « connecté », et qui a montré ce genre de vidéos dans la cour de récré. Après coup, qu’est-ce que cela a d’étonnant alors que tout cela existe pour tout le monde à portée de clic ? Qu’est-ce que cela a de surprenant et faut-il douter que cela se produise tous les jours dans les cours d’école ?

Mercredi : une discussion de collègues dérive sur les films X et « les bruits que font les filles » ; pour que chacun sache bien de quoi on parle, un type lance devant tout le monde une vidéo hard de fellation sur son smartphone et le présente à la compagnie. Les femmes présentes, ne sachant pas bien si elles doivent être gênées, rigolent comme les hommes pour faire bonne figure. La génération 25-30 ans connaît parfaitement le jargon de l’industrie pornographique américaine et en use sans rougir dans la conversation courante, j’avais déjà pu le remarquer.

Jeudi : je feuillette un magazine design branché, généreusement mis à disposition dans les toilettes de mon entreprise. Peu de texte, beaucoup de photos, notamment celles d’un artiste japonais contemporain qui fait des choses avec des bouts de corps nus. Certaines vont assez loin : un bassin humain plié, cul vers le haut, les fesses fourrées de chantilly, le tout surmonté d’une cerise ! D’autres évoquent la soumission, l’humiliation sexuelle, le sadomasochisme… Ceci est banalement laissé à la lecture, à mon travail, comme ce pourrait l’être dans une salle d’attente. Je referme la revue et retourne bosser. Tout va bien. Ce monde est normal.

Vendredi : on m’apprend que le « labo » d’Arte réalise des vidéos « artistiques » où une voix de petite fille demande ce qu’est un anulingus, un clitoris ou un « ass-to-mouth »… Décalage. Humour irrévérencieux. Contre-culture(s)… Je crois que je regarderai ça plus tard…

arte cochon« Humour, humour, je précise… »

Le porno est un porno de masse. Il est sorti du placard où l’on planquait les cassettes VHS. Aujourd’hui, il ne sert plus à faire bander mais à ricaner, à socialiser, éventuellement à chanter… Après avoir été choquant, puis transgressif, puis excitant… il devient « amusant » (on en rit à une tablée de collègues, hommes et femmes confondus – l’homme et la femme étant devenus de nos jours de simples « potes » qui baisent). Bientôt il sera simplement normal. Les femmes, alors qu’elles se disent « blessées » par une publicité de femme-objet et « outrées » par les conceptions d’un Eric Zemmour, ne sentent en revanche aucune oppression lorsqu’un collègue mâle leur met sous le nez une vidéo où elles avalent un pénis jusqu’à la garde. C’est cela qui va se normaliser sous les effets de la pression sociale. L’environnement imprégné de porno normalisé fera plier les dernières volontés.

Et ne tentez pas d’y échapper. Vous pouvez priver votre petit dernier d’internet, c’est sur l’écran de son camarade qu’il visionnera des sodomies. Ce ne sont plus seulement les petits garçons qui arriveront à leur premier rendez-vous avec une conception bien tordue de ce qui se fait. Ce sont aussi les filles, qui auront intégré ce qu’il convient d’offrir et de demander. L’homme de Cro-Magnon de demain n’aura plus à traîner la femme par les cheveux pour l’emmener satisfaire ses envies : c’est elle qui lui tendra sa crinière. Elle se comportera comme une traînée pour mieux ressembler à Rihanna.

Mais bien sûr, ne le dites pas : vous seriez affreusement pudibond, puritain, moralisateur… Voire même on vous reprocherait de vous mêler des affaires des autres. Chacun est libre. Si vous n’aimez pas, vous n’avez qu’à ne pas regarder.

Le sexe de notre esprit

En électricité, il y a les prises mâles ou les prises femelles. Dans les attitudes, dans l’esprit, il y a  des dispositions qu’on pourrait dire « masculines » et d’autres qu’on pourrait dire « féminines ».

 
 

Masculin le « pur esprit » : l’esprit froid, glacé, l’esprit stérile, l’esprit coupant. Masculin l’esprit de connaissance et de compréhension, l’esprit qui s’attèle à faire tomber les voiles. Masculin l’esprit qui peut aimer ce qui ne l’aime pas. Qui sort de son monde. L’esprit qui va vers l’extérieur, vers la conquête du dehors et de l’inconnu.
 

Féminin l’esprit « chaud », subjectif, l’instinct. L’esprit créateur de sa vérité. Féminin l’esprit qui imagine la disposition des choses, l’esprit esthétique, qui veut vivre parmi les choses familières et amies. L’esprit qui choisit et sélectionne les vérités utiles, les aménage pour les faire siennes. L’esprit qui s’approprie le monde, qui l’enlumine, qui redessine son environnement pour l’aménager à son goût.

  

Don Quichotte, ce n’est ni plus ni moins la magnifique synthèse de ces 2 dispositions d’esprit.