Je suis un nuage

On peut dire de certaines personnes qu’elles sont un « soleil », et tout le monde voit très bien ce que cela veut dire.

Dans ce même registre, je pourrais dire quant à moi que je suis un « nuage ». Mais je ne sais pas si l’on voit aussi bien ce que cela voudrait dire.

Le nuage brouille (il peut obstruer le soleil) et il est lui-même brouillé. Ses contours ne sont pas aussi délimités. En tel endroit il perd un peu de sa substance, en tel autre il en reconstitue. Dans son informité se dessinent des formes. A certains il paraîtra agréable et bienvenu, pour beaucoup il est intempestif. On le croirait immobile même si en réalité il se déplace ou plutôt évolue. Il paraît aussi haut que le soleil alors qu’il l’est moins. Il est du même coton que les autres et se croit singulier. Il est opaque. Quand il veut bien il se déchire, et laisse passer un peu plus de jour. Il offre lui-même de la lumière, mais indirecte, réfléchie. Oui, tiens, il semble réfléchir. Ou dormir.

Je suis un nuage, comme certains sont un soleil.

6 réflexions au sujet de “Je suis un nuage”

  1. Bonjour.

    Après avoir lu votre post sur Girard où vous faites preuve d’une intuition rare, j’ai eu la curiosité de venir voir ce que vous écrivez actuellement. Je ne suis pas convaincu par votre exercice de modestie mais pour ce que j’ai pu voir, j’ai déjà la certitude que, selon mes critères, vous êtes brillant car vous savez repérer la charge de sens des choses minuscules en apparence et, surtout, vous vous consacrez, comme je tente de le faire moi-même, au dégagement du sens, c’est-à-dire au dévoilement des réalités au-delà des apparences triviales.

    Le danger d’une telle capacité, c’est la dispersion. Michel Serres, qui ne croyait pas si bien dire, se comparait au renard qui furète un peu partout par opposition au sanglier Girard qui, selon lui, creusait obstinément son sillon.
    Au moment du bilan, il n’y a pas photo.

    Alors, permettez-moi de vous poser la question : avez-vous trouvé où creuser votre sillon ?

    Si vous êtes tenté de balayer cette question, ce qui serait bien naturel, rappelez-vous votre formidable citation de Bloy que je viens de lire et qui m’a saisi tant je m’y suis reconnu : « Le pire mal [est] de n’avoir pas accompli le bien qu’on pouvait. »

    1. Merci pour votre commentaire. Vous posez cette question précisément dans un de ces moments où elle s’empare de moi. Et la réponse est non, je n’ai pas trouvé mon sillon ni la façon de mettre à profit ma qualité. Pire : je m’emploie à des choses pour lesquelles je ne suis pas vraiment fait.
      Cela explique aussi que je blogue depuis toutes ces années sans réussir à structurer quelque chose de plus consistant. D’où sans doute la impression d’éparpillement.
      Vous me verriez dans quel sillon ?

  2. Bonjour et désolé pour le temps de réaction.
    Je suis moi aussi éparpillé tous azimuts et ma mémoire a besoin de béquilles qui me font souvent défaut.
    Bref, je pensais vous avoir répondu, je comprends que, comme à mon habitude, j’y ai seulement réfléchi après vous avoir lu et ensuite un tourbillon m’a emporté.

    Vous seul pouvez voir sinon savoir quel sillon pourrait vous convenir.
    Son cahier des charges, tel que je l’imagine, serait qu’il vous permette de rassembler et même d’unifier les innombrables produits de vos efforts d’assimilation ou d’intelligence du monde qui se trouvent actuellement dans un état d’éparpillement.

    Si cela fait sens pour vous, c’est que vous avez sans doute besoin d’une « clef qui ouvre toutes les portes » comme disait Taine en parlant de l’imitation.

    Pour parler comme les physiciens, peut-être avez-vous besoin d’une « théorie de tout » ?

      1. Oui, un peu comme si j’habitais déjà l’éternité et que je n’avais aucune raison de me presser, confiant dans le fait que ce qui devra se faire se fera.

      2. Excusez-moi je n’étais pas passé depuis longtemps. Il se trouve justement que je travaille à ordonner sinon une « théorie du tout » le plan d’un livre qui relie entre eux tout ce qu’on peut lire ici.
        Merci en tout cas de vos commentaires, qui m’y encouragent.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s