Shit or get off the pot !

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C’est une de ces expressions anglaises de redoutable efficacité, condensés évocateurs qui n’ont pas leur équivalent dans d’autres langues ou tout du moins en français. Shit or get off the pot, c’est-à-dire en quelque sorte : “Décide-toi !” ou encore “Ne reste pas là à tergiverser !”, avec un petit arrière-goût de “et arrête de m’emmerder” !

Je la tiens du film Clerks : l’histoire de deux jeunes employés qui tiennent l’un une épicerie, l’autre un vidéo store, et se rendent visite toutes les cinq minutes pour tromper leur ennui. Dante est le consciencieux qui tient malgré tout à être réglo dans son travail. Randal est le jean-foutre qui bâcle et s’applique à défaire son ami de toute illusion sur l’utilité de son job. Un jour que Dante gémit une fois de plus sur la pénibilité de sa vie, son compère excédé, au milieu d’une tirade, place ce “Shit or get off the pot !”.

C’est une expression consacrée mais je serais encore plus tenté de l’améliorer en “Shit AND get off the pot !” : “Vas-y, fais ta petite crotte, maudis le monde, et puis passe vite à autre chose !

Œil pour Œil

En tant qu’Un Oeil, il me faut adresser un mot de solidarité aux éborgnés gilets jaunes.

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La question que devrait susciter le LBD40 n’est pas tellement sa dangerosité, c’est le fait qu’il semble blesser principalement des personnes relativement, voire totalement, inoffensives au moment du drame. Les images montrent la plupart du temps des femmes, des journalistes touchés par erreur, des personnes qui traversaient au mauvais moment, des insolents qu’on s’amuse à tirer… La logique voudrait que les éborgnés soient les éléments les plus agités et les plus dangereux, mais je n’ai vu à ce jour aucune image de barbare menaçant neutralisé en pleine action.

Je songe à cela alors qu’un article (du Point ?) nous apprend que c’est une seule et même personne qui, samedi dernier à Paris, a brûlé en plein jour une Porsche, un véhicule Vigipirate, et défoncé plusieurs commerces. Le journal est capable de retracer la journée du forcené minute par minute mais la police, elle, « n’a pas pu » l’interpeller. Pas au LBD40 en tout cas, qui est pourtant réservé à cet usage précis. L’article déclare que l’individu était « black bloc » (le nom trendy pour « casseurs politiques en bande organisée »). Ce groupe grossit les rangs des manifestants depuis quelques semaines, avec le privilège par rapport à eux d’évoluer le visage masqué et de pouvoir introduire des armes dans les rassemblements.

Ce qu’il serait intéressant de savoir, c’est s’il se trouve un seul « black bloc » ou hooligan de dangerosité notoire parmi les gens qui ont perdu un œil ou une main depuis le début des manifestations, comme la logique le voudrait. Y a-t-il un seul casseur professionnel qui ait été interpellé, empêché de manifester ou de rejoindre un cortège ? Journalistes, à votre fact-checking !

Question attenante : si la loi anti-casseurs a pour but d’empêcher les éléments violents de manifester, y compris préventivement, peut-on se retourner contre les autorités si elles laissent délibérément de tels individus participer ?

C’est la vie

Idée d’histoire :

Un signal puissant de vie extraterrestre est enfin détecté sur une planète inconnue. L’excitation de la nouvelle stimule l’industrie spatiale qui en quelques décennies, fait des bonds de géant pour développer un moyen d’envoyer des hommes sur cette planète. La délégation humaine traverse la galaxie, atteint la planète, atterrit à travers une épaisse couche nuageuse… et découvre une civilisation foisonnante, très proche de la civilisation humaine.

A vrai dire, à quelques détails près (langue et alphabet, teint de peau, monnaie…), elle lui ressemble de façon troublante et correspond à peu près à la civilisation occidentale de la banlieue parisienne dans les années 50 ou 60 ! Les extraterrestres sont vêtus, ont des véhicules individuels, des biens électroménagers, vivent en couple ou en famille, habitent des lotissements, ont des animaux domestiques… Le développement technologique est à peu près le même que sur Terre, très légèrement inférieur. Les considérations politiques et philosophiques sont très semblables. Une fois passée la sidération, la délégation de la planète Terre analyse que les conditions atmosphériques sur les deux planètes ont été très proches et n’offraient pas de raison particulières pour que la vie s’y développe sous un schéma différent.

Accueillie par la civilisation autochtone, la délégation reste encore quelques jours mais rapidement, on n’a rien à se dire.

Les repères 

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Personne ne songe à contester le bienfait des repères : les repères, c’est important dans la vie. Les repères, c’est crucial pour se développer, pour un enfant comme pour un adulte, que l’on se construise avec eux ou par opposition… Personne, ne serait-ce que par provocation, ne se hasarde à soutenir que les repères sont inutiles ou nocifs et qu’il faut les ratiboiser de toute urgence. La valeur absolue du repère semble universellement partagée.

Pourtant, ces personnes qui croient aux repères – qui du moins ne songent pas à nier leurs bienfaits – jugent en même temps salutaire de bousculer les certitudes, de péter les catégories, de dissoudre les étiquettes, de remettre en cause ce qui est établi et se tient là depuis un certain temps. Sans rien renier du bienfondé des repères, ils pensent tout aussi urgent de désenseigner l’identité dès le plus jeune âge, de ne jamais considérer qu’on est mâle, femelle, ou quoi que ce soit d’affirmé, de relativiser tout ce que l’observation peut nous faire croire, d’abattre toute idée de norme et toute généralisation : puisqu’il existe toujours une exception, c’est que la généralité est dénuée de fondement.  

Une fois entrés dans ces considérations, face au pur principe de brouiller les pistes et de ne rien figer, l’argument du repère ne peut plus rien pour ces gens-là. Le fond de l’air de la modernité est le plus fort et il n’existe plus rien pour s’opposer à lui. Ma foi…