« De la pourpre sur la fin du monde occidental »

« Voilà les marchands qui font la grandeur du monde et assurent la pérennité de l’art et d’une époque. Les Anglais d’aujourd’hui n’en sont pas exclus et les docks de Londres le prouvent, où s’accumulent tous les trésors du monde et ses traditions vivantes, la race des chiens, le pedigree des pur sang, la taille des diamants, la trempe d’une noble lame, le fini d’une Rolls-Royce, la qualité de tout ce qui est bon à manger, à fumer et à boire et qui rend la vie des hommes supportable, et non pas seulement, comme dans un musée, les œuvres mortes. Les Russes, qui usinent, n’ont pas ça ou pas encore, et les Américains, qui s’apprêtent à prendre la succession de la civilisation, n’en sont encore au stade que du faux luxe et du brillant et du chichi des empaquetages en papier de cellophane. Le cœur me dole d’avouer qu’aujourd’hui, la France est hors-rang, son prestige restant assuré, comme au Moyen Age, par quelques rares et fortes individualités, de tous les domaines mais plus particulièrement celui de l’intellectualité, de la pourpre sur la fin du monde occidental. »

Blaise Cendrars dans Bourlinguer.

 

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La notion de l’Espace

Dans sa représentation commune, l’Espace est toujours synonyme de quiétude, de silence, de flottement, de légèreté, de relâche, de volume infini… Il est la métaphore d’un certain état d’extase, un nirvana, celui du fœtus baignant au ralenti dans son liquide amniotique. Ground control to Major Tom, comme disait l’autre.

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L’un des nombreux mérites du film Gravity est de renverser ce cliché et de redonner à l’Espace toute sa nature chaotique et infernale : le caractère absolument hostile et invivable de cet environnement de mort. L’espace est un enfer pour l’homme, une dimension sans dessus-dessous. Il n’y manque pas seulement de l’oxygène, il est impossible d’y évoluer, de s’y mouvoir… Rien ne peut y vivre.

Ainsi, Gravity rétablit la notion de l’Espace, et par contraste, celle de la vie : on réalise, de retour sur Terre, combien les conditions terrestres sont exceptionnelles, inouïes, littéralement extra-ordinaires. Malgré toutes les violences qu’il peut s’y produire, la Terre est un jardin d’Eden miraculeux, une parenthèse, un point perdu au milieu de l’infini chaotique.

En vérité, on pourrait presque suspecter le film d’être « créationniste ». Et je m’étonne que personne n’ait initié ce débat idiot à sa sortie.

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Gastronome de la merde

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Il y a des gens qui « aiment lire », et qui de fait lisent beaucoup, tout en réalisant le miracle de ne jamais faire d’incursion dans la vraie littérature. Ils lisent assidûment en effet, mais piochent systématiquement dans la facilité et le tout-venant de l’actualité d’édition. Roman de la dernière midinette qui dénonce le milieu médiatique. Succès américain d’il y a 2 ans. Livre de la rentrée littéraire. Essai socio-politique du moment…

Le gastronome de la merde est quelqu’un qui, faute de pouvoir se démarquer par le raffinement de son goût, mange de la merde mais en mange en quantité, en vue de compenser. C’est par la quantité ingurgitée qu’il entend se rendre intéressant.

Et il n’est pas exclu qu’il y parvienne ! et qu’il usurpe le titre de champion dans sa catégorie.

En musique, le gastronome de la merde écoute tous les hits du moment, tous genres confondus, et à tout moment de la journée ; il passe alors pour le passionné de musique, à la curiosité et au goût si « éclectiques ». Le trentenaire qui se gave de cochonneries sucrées ou gélatineuses, de pizza cheesy crust ou de n’importe quoi, plaidera qu’il « aime manger » ; il hérite alors de l’imaginaire positif du Gargantua de la bouffe et passe pour un bon vivant.

Mais le gastronome de la merde dans le domaine littéraire, de tous, reste le plus particulier. C’est que l’activité de lire est perçue par la plupart des gens comme une absolue qualité en soi. Peu importe des livres dont on parle. Le prétendu amour des livres fait toujours son petit effet. Si l’on aime lire, si l’on lit beaucoup, alors on est forcément quelqu’un de bien, quelqu’un de civilisé. Le gastronome de la merde dans le domaine littéraire est imposteur par excellence.

Pour notre part, lorsque quelqu’un nous affirme qu’il « adore lire », qu’il « dévore les bouquins » ou qu’il « lit beaucoup », cela nous émeut à peu près autant qu’un ivrogne qui nous dirait qu’il « aime beaucoup boire », planté devant le rayon « piquette » du supermarché.

rayon piquette

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« Les journalistes d’aujourd’hui »

« Les journalistes d’aujourd’hui sont si habitués à la soumission des citoyens, voire à leur ravissement devant les exigences de l’information, dont ils sont (…) les salariés, que beaucoup d’entre eux supposent coupable celui qui prétendrait ne pas s’expliquer devant leur autorité. (…) Qui ne va pas spontanément se faire voir autant qu’il peut dans le spectacle, qui vit dans le secret est un clandestin. Un clandestin sera de plus en plus vu comme un terroriste. »

Guy Debord

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